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Shangrila 2005 Carnets de voyage Un itinéraire à l’est du Tibet, à l’ouest de la Chine
Comme Argus aux cents yeux, ce fut une équipe de vingt passionnés, échantillonnage de tempéraments et d’intérêts variés.
Ce récit - qui n’est pas la relation botanique magistralement rendue par Patrick Bellec - est illustré des photos de tous, d’images, de mots saisis au vol, parfois d’impressions personnelles. Il y eut aussi pour moi un compagnon invisible, le P. Evariste Huc, qui en 1846, traversa en les observant, ces contrées alors inconnues et en fit un vivant récit.
Merci à Pascale Guéguen pour son énorme travail, elle avec qui s’est établie la base photo des plantes, à Dominique Rondeau pour ses merveilleuses aquarelles, à Gilles Rouau, pour son bel article : Rhododendrons dans la brume, à Georges et à Marie-Claude Dubois pour le montage des films, ainsi qu’à tout ceux qui ont collaboré pour que ce voyage de l’Arche aux plantes soit plus qu’un souvenir. Arielle de Kergorlay
©P. Guéguen
2000 km, avec un peu tous les moyens de locomotion, en grande partie dans le pays de Kham puis au Yunnan frontalier.
©T deKergorlay Vallée des lacs des sept couleurs
12 mai 2005
Quelle équipe débarque sur l’aéroport de Canton, entraînée par Patrick Bellec, président de l’Arche aux plantes (l’Association de soutien du Conservatoire national de Brest). Pendant que la navette tarde sous une chaleur subtropicale de 35 ° C, on démarre aussitôt en discutant de l’identité des Pittosporum, Ficus et palmiers–bouteilles (Hyophorbe lagenicaulis), banalités plantées l’an dernier le long des parois de béton. Bain de vapeur, lumière grise qui éblouit… L’attente est meublée par des « histoires » d’ explorations précédentes.
Avec toutes les destinations du monde sur les panneaux d’affichage, ce vaste aéroport se pose déjà en rival de celui de Hong Kong Pour l’instant, il est d’un vide surréaliste sous d’immenses ailes blanches inspirées des mouettes, soutenues par des poutrelles en forme de bambous. |
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Le symbole de l’énergie cantonaise |
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De l’autoroute, on aperçoit un peu de verdure sur les toits de Canton, mégapole deux fois millénaire. Sédums et glycines envahissent le sommet des buildings. La capitale du riche et turbulent Guangdong est aussi la « Ville des Cinq Béliers ». Les béliers légendaires seraient cinq génies, apitoyés par les disettes frappant la contrée Ils seraient venus offrir aux paysans des boisseaux magiques de céréales, les Wu Ku : riz glutineux et non glutineux, blé, épeautre et millet, bases de l’alimentation. Le génie agricole chinois est pourtant plus réel que magique. Mais ce qui touche à la nourriture en Chine, est de l’ordre du sacré. Aussi les plantes que nous sommes si impatients de voir dans leur milieu, n’ont longtemps présenté d’intérêt pour les Chinois, que sur le plan du comestible ou du médical.. |
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La Flora republicae sinicae, à laquelle nous allons souvent nous référer pour les identifications, prouve que, là aussi, les Célestes ont mis leur pendule à l’heure internationale - et même adopté le latin de la botanique. Quelques heures plus tard, atterrissage à Chengdu, au cœur du Bassin rouge du Sichuan.
12 mai après–midi Le parc de Wangjianglou à Chengdu
Accueil à bras ouverts : les francophones de l’agence Maison de la Chine, M. Wang le responsable et Marc, un garçon débrouillard aux yeux pétillants derrière ses lunettes, ont déjà partagé l’épopée chinoise de 2002. S’y adjoint un jeune Nicolas, incontournable représentant du bien-penser chinois. Après 22 heures de voyage, nos esprits sont un peu flottants en débarquant à Chengdu, capitale du Sichuan, une province grande comme la France. L’idée de nous déposer dans le parc de Wangjianglou, le « Pavillon pour contempler la rivière », convient à notre état… Victor Ségalen observait que « tout acte de piété – céleste ou ancestrale - débute ici par la promenade recueillie, parfumée, en un parc où s’apaise le voyageur… » Au bord de la « Rivière des brocarts » où l’on rinçait la précieuse étoffe de soie, orgueil de Chengdu depuis des éternités, ce parc d’une vingtaine d’ha fut créé pour le plaisir de la poétesse et courtisane Xue Tao.
La porte rouge du parc « Pour contempler la rivière »
Souple ogive de bambous à l’entrée
Roches et montagnes, « Montrer ce qui est grand dans ce qui est petit. »
La rivière est d’un verdâtre douteux, mais une fois franchie la poutre rouge barrant au sol l’entrée aux démons rampants, le jardin qui s’ouvre sous une ogive de bambous, est brumeux et apaisant : un rêve. La collection de 150 espèces et variétés de bambous pousse en îlots, couverts d’un lichen velouté sur un tapis vert d’Ophiopogon. Des amoureux ont gravé leurs noms sur les chaumes, des stèles dressées portent des poèmes, des oiseaux invisibles échangent des notes liquides. Quelques arbres, comme de vieux ginkgos ou Abies fabri de 200 ans, sont honorés d’étiquettes gravées. Près de la pagode aux corniches festonnées de boutons de lotus, une montagne en réduction surplombe un bassin-miroir. Les roches tourmentées concentrent l’énergie tellurique du masculin yang, apaisé par la douceur du yin féminin. |
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On peut s‘accouder aux quatre étages des balcons du pavillon rose et noir où la poétesse Xue cherchait l’inspiration en bonne compagnie. Silencieusement, les visiteurs déambulent dans les allées sinueuses, s’arrêtent pour lire sur des pierres gravées en vert, des poèmes de Xue. Sous un bosquet d’osmanthes, Osmanthus fragrans, des bancs sont disposés pour respirer leur délicieux parfum en fin d’été. « Ici, les habitants ont l’habitude de prendre le temps de vivre. » dit M. Wang. La remontée dans le car s’accompagne de la musique aigrelette de : Ce n’est qu’un au revoir , tirée d’une flûte en bambou par un gnome sautillant. |
©Stephan |
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©Alliance Française, Chengdu |
Printemps en automneCaché par un ruban de brume nocturne, le froid céleste se
distille. et la mélodie lointaine des cascades comme dix cordes de soie
arrive jusqu'à mon oreiller pour extirper mes sentiments
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A peine installés à l’hôtel Tibet flambant neuf, quelques-uns sautent dans un taxi à la recherche d’une librairie, réflexe conditionné quand on se pose dans un lieu civilisé. Las ! Seulement Magnolias of China, et rien de plus. Pourtant Chengdu a été le point de départ obligé, à la grande époque des missions étrangères et des plant hunters. Au retour en France, il faudra dénicher d’autres relations de voyages de ces botanistes explorateurs.
Après dîner, les papilles allumées par un festival d’épices sichuanaises, le nom de notre expédition proposé par Patrick Bellec est adopté à l’unanimité : Shangri la 2005. |
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Vallée cachée de l’éternelle jeunesse, d’après le roman de J. Hilton, Horizons perdus, 1933, situé au Tibet. Plusieurs villes revendiquent avec vigueur d’avoir été à l’origine de l’histoire. Encore une fois l’éden vaut ce que l’on y apporte : à nous de découvrir de nouveaux Shangri La.
. Montagnes et vallées en Chine de l’Ouest
Dans le relief complexe de la Chine, qui occupe le 1/15 des terres émergées, les montagnes se taillent la part du lion. A l’ouest, une grande partie du territoire est caractérisée par de très grands dénivelés, des plateaux arides et des sommets « qui réclament sa vie à l’homme…»
Les hauteurs du Tibet vers lesquelles nous allons monter, s’étendent à une altitude supérieure à 4 000 m. La chaîne des Hengduan érige des sommets à plus de 6 000 m d’altitude. Certaines vallées du Mékong sont creusées à 2000 m de profondeur. D’où cette configuration dite de « hautes montagnes jouxtant des vallées profondes » |
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En schématisant, la Chine descend comme un gigantesque escalier, du continent à l’ouest, vers les océans à l’est. Le palier supérieur est le Qinghai-Tibet, « toit du monde ». Sur le palier suivant se trouvent le bassin du Sichuan et le plateau du Yunnan. Les plaines et collines de la Chine orientale forment le palier inférieur. Chengdu est la capitale du Sichuan, Batang est à la frontière du Tibet intégré, Markam est situé sur la bande séparant les cours parallèles du Mékong et du Yangtsé, Zhongdian et Lijiang sont au Yunnan, dont la capitale est Kunming. |
Itinéraire en pays de Kham, |
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Dans l’espace restreint du sud-est du Quinghai-Tibet, naissent 5 fleuves mythiques par la puissance de leur débit : Le Changjiang (Yangtsé Kiang) ; le Huanghe (Fleuve Jaune) ; le Lancangjiang (Mékong) ; le Nujiang (Salouen) et le Yarlungzanbo (Brahmapoutre).. Le pays de Kham (en chinois Kang), est aujourd’hui à cheval sur une partie de l’est et du sud-est de la région autonome du Tibet (TAR), et sur deux provinces chinoises de l’ouest de la Chine, le Sichuan et le Yunnan. Dans la vaste région qui nous attire, deux facteurs jouent un rôle déterminant :
Le premier est l’orientation nord-sud des chaînes montagneusessurgies de la poussée de la plaque indienne sous la plaque asiatique. Un mouvement qui se poursuit depuis 50 millions d’années et entraîne encore une activité sismique violente (en 1970 au Yunnan, par exemple), et géothermique. Cette pression a provoqué le brusque virage en forme d’arc vers le sud, des extrémités est et ouest de l’Himalaya. La superposition des plaques explique l’épaisseur de la croûte terrestre au Tibet, 70 km, la plus importante de la planète. Aux ères suivantes, d’autres mouvements ont fracturé, affaissé ou élevé des régions de Chine de l’ouest. Paysages tourmentés qui peuvent changer de façon surprenante à 100 km de distance.
L’autre facteur est climatique. Le phénomène de la circulation de la mousson, masse d’air tropical maritime, humide et chaud qui monte à travers ce labyrinthe géologique et se heurte à des masses d’air froid, contribue à modeler montagnes et plateaux. L’érosion éolienne s’ajoute à celle des crues et du gel, qui décompose la roche, donnant lieu à de grands éboulis en cônes. La fonte des neiges peut entraîner aussi des écroulements de terre. C’est dire si l’entretien des quelques routes est toujours à recommencer. Les quatre saisons sont très différenciées. Un hiver sec, froid et ensoleillé, un été chaud et humide, au ciel couvert et pluvieux. Au printemps, la température remonte, mais il peut souffler des vents violents. L’automne est en général beau et serein, fraîchissant tôt. Les variations de ces données ont des effets catastrophiques. Fin mai 2005, la mousson avait 3 semaines de retard et les cultures souffraient visiblement. La grande sécheresse d’août 2006 a tourné à la catastrophe : la baisse anormale du Yangtsé a privé d’eau 17 millions de personnes. A l’inverse, par le passé, les crues excessives se soldaient par le passé en centaines de milliers de morts.
Ces contrastes forment d’étourdissants panoramas, avec une grande variété de zones floristiques horizontales, et de nombreuses niches isolées de végétation. En Chine, se trouve la majorité des espèces de végétaux de l’hémisphère Nord : 30 000 espèces. « L’empire des fleurs » vient au second rang dans le monde pour la diversité des plantes à graines.
Sichuan, Tibet, Yunnan, il n’y a pas une seconde à perdre pour partir au pays de Kham… |
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