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De loin, une barrière rocheuse massive ferme au sud le bassin du Sichuan et rappelle si on veut, la forme d’un lion couché sans tête. Un poème de Li Bai, évoque pour Emei Shan « deux beaux sourcils sous la lune. » Cette beauté ne se révèle que peu à peu, avec de soudains aperçus. Nous jouissons d’une chance rare : la mousson a trois semaines de retard cette année ; les vues ne seront pas noyées sous le brouillard et la pluie, comme dans le cas le plus fréquent.
Les célèbres montagnes sacrées du bouddhisme, lieu toujours actif de pèlerinages, s’étendent sur une surface de 623 km2. Le socle est calcaire et filtrant, couvert d’humus acide. Trois zones protégées d’une extraordinaire richesse végétale se succèdent jusqu’à son pic le plus élevé, le Sommet d’or, à 3.099 m d’altitude.
Une cinquantaine de km défilent. La végétation spontanée se densifie et se diversifie rapidement. On passe des ponts qui enjambent des torrents bondissants au milieu de verdures luxuriantes.
N’y tenant plus, nous implorons un premier arrêt en bord de route, à 1400 m et nous plongeons dans un bosquet clairsemé d’arbustes et de bambous. L’expérience montre que le premier arrêt dans la nature est toujours un moment inoubliable, chargé d’impatience et d’émerveillement. « La malle aux trésors s’entrouvre ! », s’exclame Franklin Picard. Déjà une herborisation de quelques minutes, en dérapant sur un sentier humide en lisière de cultures, se révèle fructueux. Dominique Rondeau qui possède un précieux talent d’aquarelliste, croque en vitesse trois turions de bambous pointant sur la litière.
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Sur moins d’un are, des rejets de marronniers, Aesculus chinensis , une Lauracée, Lindera megaphylla, ainsi que des camélias, plusieurs hydrangéas, plusieurs jeunes érables, un Pittosporum, un très joli Mahonia (=Berberis sp.) aux pousses rosées et des bambous, abritent des petites plantes. Je retrouve Dysporum bodinieri, vu au Zhejiang en 1998, avec ses deux fleurs jumelles pendantes de tons jaune et crème. Les botanistes ont reconnu des Tupistra, Houttunya sp., des Iris japonica blanc-bleu, plusieurs fougères dont des osmondes, de petits Ophiopogon planipes. Une merveille : Impatiens omeiensis. Ses feuilles disposées sur des plans successifs, forment une étoile éclairée de nervures axiales claires. Elle est très difficile à conserver dans un jardin, nous en avons fait l’expérience… Dans les conditions optimales, elle peut flétrir en deux jours. Ici, dans un terrain vague, personne ne s’en occupe et naturellement, elle prospère. |
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L’arche majestueuse de l’entrée d’Emei Shan ©Dominique Rondeau 2005 Le car roule doucement pour que les passagers puissent se précipiter tous ensemble d’un côté ou de l’autre. Le chauffeur supporte avec résignation les hurlements botaniques qui s’interpellent : « Là, à droite, un Davidia, tout en fleur, regarde les bractées blanches ! Un vieil Acer davidii ! C’est qui ce rhodo rose ?... Demandez à Gilles Rouau et à Gilles Stéphan, ce sont les rhodophiles… Le grand cornouiller à droite, c’est Cornus controversa ? » Le passage sous une arche symbolise l’entrée dans un autre monde, celui des esprits, ou celui d’une réserve mythique selon les personnes. Mais chaque visiteur doit se faire photographier (en couleur), image qui figurera sur son billet d’entrée. Un contrôle qui sert de souvenir.
Davidia involucrata, 2000 m, route du mont Emei ©M. Prunier L’ Emei Shan disposé en strates climatiques vers le haut Une mission japonaise récente a étudié les compositions floristiques et leurs interrelations, sur dix sites du flanc est de la montagne. Trois zones ont été identifiées : la forêt de persistants à larges feuilles de 600 à 1500 m d’altitude ; la forêt mixte (persistants, caduques et conifères), autour de 1500 à 2500 m ; la forêt de conifères, de 2500 à 3099 m. La hauteur maximum des arbres décroît de 33 m de haut en milieu de basse altitude, jusqu’à 13 m de haut près du sommet (2945 m). Des parcelles dominées par des plantes reliques du Tertiaire, comme Davidia involucrata, Tetracentron sinense ou Cercidiphyllum japonicum var. sinense se trouvent dans la partie basse de la forêt mixte. Là, une très haute diversité spécifique résulte de différentes formes de vie qui se recouvrent, selon les variations des corrélations altitude-température. Une comparaison avec les autres montagnes asiatiques montre clairement que le mont Emei se situe exactement à la rencontre des types de zonations tropicales et tempérées d’Asie de l’est. (Cindy Q. Tang & Masahiko Ohsawa Laboratory of Ecology, Chiba University) Pied à terre à Jiejin, 2400 m d’altitude La véritable ascension démarre à partir de la plateforme Jiejin où s’arrête la motorisation. En réalité, c’est la dernière étape des pèlerins par la face sud. Au nord-est, se dresse une vertigineuse falaise verticale. En surimpression flottent les souvenirs de botanistes fameux. Les premiers naturalistes européens qui ont commencé à explorer la richesse floristique de la montagne sacrée, dite « Mont Omei » partaient du monastère Bao Guo Si, ils suivaient des chemins escarpés et la randonnée durait des jours… Le Dr Faber fut le premier arrivé en 1887. Lui succédèrent A. E. Pratt puis le russe G. N. Potanin. Mais c’est E.H. Wilson « le chinois », qui a rapporté le plus de plantes ornementales à partir de 1903. Environ quinze ans plus tard environ, les botanistes chinois ont investi à leur tour les innombrables sites du Mont Emei. Il reste sans doute encore des découvertes à faire, tant il a de petits milieux isolés, difficilement accessibles où des formes ont pu évoluer. Roy Lancaster, dans son fameux « Travels in China », 1989, évoque les Pr. Wang, Yu, Cheng et Chien, dont les noms sont désormais attachés à des épithètes spécifiques (Aesculus wangii, Quercus chienii etc.…). Il fit le voyage en compagnie du Pr. Fang, passionné par la flore du Mont Emei, qu’il a étudié pendant 45 ans. Carpinus fangiana, un charme aux longs chatons printaniers, rutilant en automne, a été découvert par ici.
Monique Prunier au départ des 4000 marches ©P. Guéguen Des chaises à porteurs attendent les gens âgés ou fatigués d’avance qui se feront hisser à dos d’hommes. Sous leur gilet d’un vert crû, les jeunes porteurs sont visibles dans leur gilet de loin . ©AM Rouau
On a tôt fait de distinguer les spécialistes du monde immense des herbacées, de ceux qui ne jurent que par les ligneux, les arbres de préférence. La familiarité de certains avec les plantes est évidente. Michaël Le Bret tutoie les Arisaema, mystérieuses pour beaucoup, Pascale Géguen ne manque aucune sauge, ni aucun Corydalis. Monique Prunier, pépiniériste et Fanch Le Hir, s’émerveillent avec eux devant des stations de vivaces joyeusement mélangées
L’altière Dicentra macrantha aux fleurs crème, « impossible à cultiver»…
Chrysoplenium davidianum et Oxalis griffithii, rose ©P. Guéguen Jean Merret, lui, reconnaît des arbustes familiers de ses précédents voyages. Franklin Picard nomme et filme tout ce qui l’intéresse. Avec Christian Monnet, autre botaniste preneur d’images, il entraîne les membres de l’Association des parcs botaniques de France, Isabelle Laan et moi-même, à admirer les étages boisés. Le soleil filtre au travers d’érables variés sur des viburnums, daphnés, Lauracées, Pittosporum, clérodendrons, hydrangeas, rosiers ou rubus, et Lyonia sp. à clochettes cristallines. Le tapis « mille fleurs » est ponctué de taches de lumière. Dans des trouées se détachent des masses de rhododendrons roses ou jaunes sous Pseudolarix amabilis et Tsuga dumosa. Comment résister à cette ambiance ?
©M. Prunier
Identification par Franklin Picard et Christian Monnet ©P. Guéguen
Rhododendron calophytum ©P. Guéguen Le soleil tape, les marches irrégulières disloquent l’allure. Nos compagnons d’ascension sont de toutes sortes. Deux chinoises âgées marchent pas à pas avec des fillettes en tulle rose. Un homme exsangue, est remorqué, poussé, tiré par trois femmes, manifestement de sa famille (qu’a-t-il à expier ?...) Des adolescentes en baskets colorés montent comme des cabris et nous lancent des « Hello ! » en pouffant de rire. Puis des pèlerins concentrés, des moines rasés en robes orangées, des touristes étrangers. Devant moi, un garçon porte, sanglée sur le dos, la caisse d’une télévision Hitachi. Son visage est marqué par l’effort, la sueur souligne les tendons du cou. Après avoir passé le Qingyin « Pavillon du Son pur » au bord d’un ruisseau jaseur, il se laisse tomber sur une pierre plate. D’un geste, il m’invite à reprendre souffle à ses côtés. Equipe momentanée, nous nous attendrons mutuellement jusqu’à la bifurcation du Jinding, le Temple d’Or. |
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Delphine au temple du Son pur ©M. Le Bret
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Michaël Le Bret décrit clairement un Arisaema lobatum Des boutiques de marchands du temple surgissent au bord du chemin, là où les gens s’arrêtent pour souffler : plantes pour tous les maux, porte-bonheur, choses séchées et recroquevillées, même des hippocampes…
©M. Le Bret Les macaques au long nez, perchés sur les toitures des baraques, fixent de leurs yeux obliques les havresacs des pèlerins. Les singes à queue courte pratiquent le racket depuis 2000 ans ; ce modus operandi a du passer dans leurs gênes. Juchée sur une branche, une femelle, son petit en bandoulière, mâchonne un flacon de shampoing. D’autres ont vraiment l’air de brigands de grand chemin, avec l’impudence d’animaux sous protection légale. Passer avec indifférence, le regard plein de pensées élevées a été suffisamment dissuasif. Les Tsuga, Abies fabri, Pseudolarix amabilis, Pseudotaxus chienii et d’autres conifères, nous ombragent depuis quelque temps, avec des sorbiers à fines feuilles pennées, des érables et des arbustes montagnards. Le soir venant, l’air fraîchit d’un coup, le porteur de télévision frissonne. Dans une clairière peu avant le sommet, des voix religieuses féminines chantent une mélopée claire. Quel contraste avec le brouhaha des hôtels groupés en haut ! Tous ont la même enseigne : « Jing Ling Hôtel ». Quelques-uns errent pour trouver leur gîte nocturne. Les guides courent à la recherche de leurs ouailles égarées. Deux seront retrouvées dans autre hôtel où ils ont été tranquillement se doucher dans une chambre et sont repartis sans histoire.
Tsuga dumosa sur fond d’ Abies fabri ©T. de Kergorlay Ceux qui sont allés dans la pénombre jusqu’au temple, l’ont trouvé clignotant d’innombrables petites bougies, vibrant du murmure monotone d’un office du soir. Ce monastère reconstruit était autrefois couvert de tuiles de bronze poli : le nom Jin Ding signifie donc au choix « Toit d’or » ou « Sommet d’or ». Il ne reste pourtant que quelques moines, sur tous ceux qui occupaient la centaine de temples construits sur l’Emei shan, une des quatre montagnes mystiques du bouddhisme en Chine. Depuis sa fondation au 1er siècle de notre ère, les empereurs des dynasties successives ont voulu laisser une trace dans ce lieu où étaient gardées les premières transcriptions des sûtras, du sanscrit au chinois. Les Ming et les Qing, entre les XIIIe et XIXe siècles n’ont cessé d’y ajouter de l’or, du bronze, du marbre, des calligraphies, qui disparaissaient pendant les troubles. La révolution culturelle a balayé comme ailleurs beaucoup du reste. Quelques temples et monastères ont été restaurés depuis. Pèlerins, ou curieux de leurs racines, les Chinois ont repris le chemin du Sommet d’or. Le cadre naturel bien antérieur aux hommes, torrents, sommets, forêts, végétation splendide, animaux rares, est demeuré intact. Le temple consacré est désormais le mont Emei tout entier. 14 mai am Descente du mont Emei A l’aube du 14 mai, les plus courageux ont quitté leur couette dans l’espoir de contempler la « Lueur de Bouddha ». Une fantasmagorie météorologique par laquelle une silhouette de pèlerin est projetée sur le halo du soleil levant. Les voyageurs transis par un vent bruineux attendent en haut d’une falaise calcaire de 1 600 m de haut. Elle surplombe un édredon vaporeux de nuages. Une chaîne tendue en travers dissuade les visiteurs déçus et les amoureux contrariés de s’y précipiter. Heureusement, il y a beaucoup plus à voir du téléphérique dans lequel les gens s’entassent pour une redescente à vol d’oiseau.
©MCDubois Une fois traversée la couche opaque, les plantes apparaissent, accrochées à la verticale avec leurs teintes printanières et leurs floraisons, en particulier celles des rhododendrons. Les vagues de brume se glissent entre elles : la douceur d’une esquisse. Des perspectives se dégagent, tout est beau. Un trajet planant qui dure trop peu. Revenus à 2 400 m, il s’avère que Gérard Lalanne, montagnard pyrénéen chevronné a préféré la descente à pattes. Il reste introuvable, égaré sur la montagne sacrée aux mille chemins. Emotion ! Bien entendu, il nous rejoint plus tard : emporté par son élan, il était descendu beaucoup plus bas.
Ce niveau de 2400 m est passionnant par la variété de la flore. Une promenade dans un parc botanique parfaitement auto-entretenu, et nous nous y trouvons pratiquement seuls. La plate forme Jiejing est surmontée d’arbustes, comme ce groseillier pourpre à longues grappes : Ribes longeracemosum. Une recherche d’hybridation avec le groseillier commun est en cours.
©MCDubois Un sentier suit une crête à droite, bordée d’arbres en équilibre sur un vide vertigineux où la brume se promène, tandis qu’à gauche, des reliefs et des combes abritent des milieux singuliers, pratiquement inaccessibles.
Sur un tombant schisteux mouillé, fleurissent ensemble des Corydalis, des Pinguicula (petites plantes carnivores), des violettes roses, des Trillium, des anémones et les feuilles à peine déplissées des Rodgersia. De grands magnolias blancs au cœur pourpre ressortent de loin. Les semis naturels foisonnent. Petits Tsuga dumosa, bouleaux, nombreux sorbiers, sont à l’abri sur des litières d’aiguilles de résineux en surplomb. La liste des photos sur la base ne peut donner qu’un aperçu de tout ce que nous avons pu observer et noter dans ce jardin céleste. |
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Caltha sp |
Maianthemum sp |
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©F.LeHir
Rhododendron calophytum ©.B. et G. Stephan
Rhododendron argyrophylum. ©.G..et B. Stéphan Un arbuste vénérable est penché sur le gouffre, signalé par une plaque : Enkianthus deflexus, très rare. Tout comme certaines roches, il est un « être » pour les pèlerins. Ses fleurs en clochettes mandarine, striées de vert et de carmin sont, à la bonne période, un spectacle unique.
©.M. Prunier Une station devant un grand Abies fabri, qui porte vaillamment en épiphyte, à 4 m de haut, un Pistacia omeiensis aux jeunes feuilles ambrées, plus un petit Sorbus ursina, le tout couronné à 10 m de haut, par Hydrangea anomala grimpant. Cette association est rendue possible par une pluviométrie annuelle de plus de 1900 mm, qui tombe surtout pendant les mois d’été, maintenant une excellente hygrométrie. L’Emei Shan est considéré comme une « île humide » par les géographes. Le mois à la fois le plus sec et le plus froid est janvier. Un manteau neigeux protège les plantes sensibles au gel. Une combe proche est nimbée de Dicentra macrantha… Scène d’une légèreté au-delà de toute description.
©M. le Bret Difficile de quitter cet endroit. L’auberge nous donne l’occasion de regarder la liste des 67 plantes endémiques de la réserve, apportée par la jeune botaniste chinoise encore un peu timide, qui sera avec nous au Sichuan : Gan Na. Elle nous confirme que la zone boisée s’est étendue ces dernières années et que la couverture végétale du mont Emei atteint 86,2%.
Avant la fin du repas, Michaël et moi repartons en courant sur une partie du chemin pour vérifier une vivace photographiée ce matin par Monique Prunier : c’est bien Veratrum nigrum !
Gan Na, notre botaniste du Sichuan Retour au subtropical brumeux du Bassin rouge Le car nous reprend pour faire la route dans l’autre sens, ce qui donne une vision différente du paysage. Arrêt à 1480 m et un autre à 1400 m. L’occasion de pousser sur un chemin vicinal. Un paisible hameau, où une famille, aïeul, parents, enfant, chien et chat, se reposent sous une galerie. Ils regardent passer sans réaction les voyageurs qui se répandent dans leurs cultures de théiers, contre plantées de grandes légumineuses pour les ombrager.
©F.Le Hir Bananiers et palmiers signent le climat subtropical. Des palmiers, Trachycarpus fortunei, ont jonché le sol de graines en cours de germination. Les Iris japonica, qui sont originaires de Chine, ont fini de fleurir. Leurs trois pétales bleutés au labelle jaune font d’eux une plante favorite, appelée ici « le jasmin des neiges ». Ils couvrent d’immenses surfaces aux flancs de plusieurs montagnes du massif d’Emei Shan.
Iris japonica ©P. Bellec 15 mai 2002 Une moto fait subitement rugir son moteur. Un petit jeune en uniforme surgit et nous fait comprendre par gestes et d’une voix menaçante, que nous n’avons rien à faire hors de la grande route : garde rouge pas mort.
©MC Dubois Laissant derrière le mont sacré, il reste une étape important, celle par laquelle on commence habituellement pèlerinage ou randonnée, le monastère Bao Guo Si, près de la ville d’Emei. Cette heure de trajet laisse un peu se décanter les images dont nous avons plein la tête : les précipices de 1000 m, les floraisons et surtout ces plantes, qu’on ne trouve que là.
Paysage, nuages ©M. Le Bret |