14 mai pm Le centre de biodiversité et le Bao Guo Si
La fin d’après-midi est chaude. Devant la gare routière de la ville, les cyclopousses sont alignés. En attendant la clientèle touristique, les femmes chauffeurs sont affalées dessus, endormies.
Brève incursion urbaine
Au pied du mont Emei, le monastère Bao Guo Si niché dans la verdure
Le Centre de biodiversité
Le Centre : présentation des trésors endémiques d’ Emeishan
Avec 3200 espèces, Le mont Emei, est considéré comme un des lieux plus riche et des plus varié botaniquement de l’Hémisphère Nord. Les flores sino-jaonaises et sino-himalayenne s’y rencontrent. dans une grande salle, les cartes des 5 zones protégées de la région Emei sont exposées : Les 70 ha de protection des rhododendrons ; les 30 ha du Davidia involucrata, qui comprend aussi Tetracentron sinense et Cercidiphyllum japonicum ; les 40 ha d’Abies sp, de Trillium tschonoskii (botaniste russe) et du rare Kingdonia uniflora (genre honorant l’infatigable Kingdon-Ward) ; 20 ha de protection d’une Lauracée, Phoebe zhennan ; 85 ha enfin, protègent les merveilleux paysages naturels, surplombs, cascades, étangs, grottes, vallons cachés et points de vue.
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A l’intérieur de la réserve, le Centre de biodiversité, une réalisation pédagogique est construite à proximité du temple ; La scénographie est bien conçue : animaux de la réserve naturalisés dans des scènes reconstituées, vidéos, planches–photos, échantillons séchés de plantes endémiques, dessins. Il y a beaucoup à apprendre sur les 6000 espèces végétales, les 51 mammifères et les 256 oiseaux, dont beaucoup sont menacés. (MoC 1995). Le but en est bien sûr desensibiliser jeunes et moins jeunes à l’environnement. La nature telle qu’à l’origine reste limitée en Chine à des conservatoires, le plus souvent autour des temples. En retrouvant la mémoire après les égarements de la Révolution culturelle, les autorités chinoises semblent réaliser combien ces vestiges sont précieux. |
Lilium omeiense, endémique ©I. Laan |
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Erythrina x bidwllii |
Un jardin botanique attenant renferme quelques vieux arbres remarquables, quoique la partie ornementale avec pièce d’eau, lotus et canards, paraisse banale après les merveilles du jour. Rehderodendron macrocarpum, en particulierprovoque l’enthousiasme de Franklin. Ce genre monospécifique de la famille des Styracacées est une découverte du Pr. Wang, en 1931 sur le mont Emei. Ses fleurs en coupes parfumées, blanc rosé aux anthères jaunes paraissent en mai sur les sujets adultes. Un houx à très petites feuilles luisantes, Ilex pernyi, est dédié au père missionnaire Paul Hubert Perny.Différents Magnolia, Parakmeria, Michelia, intéressent Patrick Bellec, spécialiste (entre autres !) des Magnoliacées. Sur la terrasse, un arbre flamboyant : l’exotique Erythrina x bidwllii, hybride entre deux érythrines des USA et d’Amérique du Sud, fleurit rouge corail.. |
Le Bao Guo SI
Après une nuit dans le logement du monastère, les pèlerins prennent traditionnellement le rude chemin qui les conduira en plusieurs jours au sommet sacré. Finir par le Bao Guo Si lieu très ancien de la spiritualité bouddhique, est pour nous le point d’orgue. Une pagode ouverte, aux avant-toits retroussés en tête de dragon nous y mène : ce tout petit temple Shengi abrite la reine des cloches du Sichuan. La masse de bronze de cette cloche, ornée de 60 000 caractères, pèse 12,5 tonnes. Sa voix profonde qui transporte le sens des prières gravées, peut s’entendre jusqu’à 15 kilomètres. On l’appelle « la Cloche du soir »… Quel le degré de civilisation et de richesse sous la dynastie Ming pour concevoir et réussir la fonte d’un pareil objet.
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Le monastère découpe sa vigoureuse silhouette rouge sombre sur la montagne Linshan. Un voyageur du XIXe siècle, Gaston de Bézaure notait ici même : « Nos yeux se détachent à peine de la colline dont les profonds ombrages cachent le temple. Nous faisons cette remarque, que les Chinois savent admirablement choisir les beaux paysages pour y installer leurs sanctuaires. Les cimes aux horizons lointains, les forêts d’arbres séculaires ont toujours leur pagode. » (Le fleuve bleu,1879, Plon). Comme les autres temples bouddhistes chinois, le Bao Guo Si est bâti sur le modèle d’un palais, enchaînant les cours et les salles contruites selon un axe nord-sud et flanquées symétriquement de salles secondaires.
Montée entre les rhododendrons ©P.Bellec |
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Fondé par les premiers Han, le temple fut reconstruit en 1013 par la dynastie Song du Sud. |
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Avec une histoire de plus de 960 ans, c’est aujourd’hui le plus ancien bâtiment bouddhiste en bois, qui illustre différents types d’architecture en réalisant le miracle de les harmoniser sous un grand manteau de tuiles foncées. Malgré le climat humide subtropical, la structure est très bien conservée : charpentiers et menuisiers de l’époque connaissaient déjà les propriétés des essences forestières. |
Charpentes et toitures à l’épreuve du temps ©M.LeBret |
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Moines bouddhistes sous le Fokienia hodginsii © Le Bret Une cinquantaine de moines habitent toujours là, et font de plus en plus en plus office de guides pour les touristes. Nouvelle occupation qui n’a pas l’air de déplaire à ces gaillards.
©M Le Bret Sur un côté de la cour principale, un jardin de cascades et de bassins, des bonsaïs, des Cycas en pots, sans doute extraits du bas de la montagne où l’on trouve encore ces plantes primitives au faux air de palmiers. Patrick Bellec reconnaît un spécimen proche des bananiers, Musella lasiocarpa, surnommé en chinois tantôt le « lotus d’or », tantôt la « torche d’or », à cause de son inflorescence jaune dressée qui dure plusieurs mois. Il est acclimaté en France sur le littoral breton privilégié.
Autre sujet d’intérêt, l’arbre sous lequel sont entassés nos baluchons se révèle, quand on lève la tête être une grande rareté : Fokienia hodginsii, un conifère de la famille des cyprès, seul en son genre. Ci-dessous, un vieux cycas qui a défié le temps.
Cycas sp (Chine sud , Taiwan) ©P. Guéguen
Musella lasiocarpa ©P. Guéguen
Charme des cours intérieures ©D.Rondeau |
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©D. Rondeau Passages entre les cours |
Un bouddha de porcelaine, de 3,50 m de haut sourie à l’avenir. Des salles, des cours intérieures, des logements pour les pèlerins et des petits jardins ont été rajoutés au temple, au fur et à mesure par les Song, les Ming et la République populaire de Chine. Des statues aux gestes énigmatiques dévisagent les visiteurs dans la grande salle. Elles personnalisent, quand leurs mains sont ouvertes, le Bouddha du passé (Kasyapa) et du futur (Maitreya), ou le Bouddha du présent (Sakyamuni) lorsqu’elles sont fermées. Ultime promenade du jour tombant, nous regagnons l’hôtel Hong Zhu shan à pied à travers le parc botanique. On y voit encore assez pour que Franklin aperçoive un Cornus wilsoniana entouré d’une nappe de plantules. Jean Merret identifie de loin un arbre au dôme empanaché d’étamines jaune vanille : Albizzia mollis. |
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Georges Dubois déjà chargé ©MC Dubois
Plus tard, enfoncés dans des fauteuils profonds, le groupe attend les bagages qui tardent, dans une atmosphère intemporelle : sur une estrade, un pianiste en frac joue en boucle la chanson de Lara sur un immense piano couleur crème pour les randonneurs écroulés en souliers de marche sur les grands canapés. Mais la réunion nocturne de mise en commun débordera d’observations botaniques…Une question avant de tomber endormis : pourvu que nous n’ayons pas commencé par le meilleur ? |