Dimanche 15 mai au matin            Retour à Chengdu

 

L’autoroute s’enfonce comme un coin dans le paysage brumeux. Quelques taches colorées ressortent un instant de la ouate et s’y effacent : tôle ondulée rouge vif d’une station-service retroussée aux angles comme un temple du gas-oil ; bibasses jaunes et mûres qui débordent par-dessus les murs d’une cour ; camion bourré de roches rougeâtres à écraser ses essieux, puis un autre, rempli de grosses mottes de grenadiers en fleur prêtes à la replantation. Des palmiers en plastique multicolores bordent les trottoirs d’un village.

 

Peut-on encore parler de villages quand ils sont à touche-touche ? C’est une seule ville qui s’étend indéfiniment au bord de la chaussée, juste différenciée par ses fabrications. Usines de céramique : maisons toutes carrelées de blanc comme une salle de douche ; usines de meubles : un salon bon marché disposé devant chaque porte. Mais quelle différence avec mon dernier voyage, il y a 7 ans… Partout des femmes balayent le moindre débris, une pelle à la main, y compris sur la route ! La civilisation des poubelles est arrivée. Arbres d’ombrage en ligne, potées fleuries sur les balcons, les Chinois prennent conscience du végétal non comestible.

 

                                                                                                                                                             ©D.Rondeau

 

            La campagne s’étend juste derrière, plane et sereine avec ses combrières où poussent les semis de riz. Dans le ciel, un passage d’oies sauvages, des volées d’oiseaux, de nouveau autorisés. Les chiens que l’on aperçoit n’ont plus l’air inquiets de passer à la casserole.

            De temps en temps on devine le reflet d’étain de la rivière Min roulant vers le sud ses eaux alourdies de pollution. Puis des collines brumeuses se soulèvent en moutonnant les unes derrière les autres, caractéristiques du plateau du Sichuan. Entrée au royaume du thé.

Collines zébrées de trente lignes d’arbuste à thé                            © P. Guéguen

 

 

Chaque colline est rayée horizontalement de murets parallèles en galets de silex et en argile. Nicolas l’accompagnateur, est intarissable sur le sujet. A l’intérieur du car, une sorte de vie sociale s’organise, avec des regroupements, des conversations à cheval sur l’allée et le dos à la route. Nicolas, l’accompagnateur, s’évertue à expliquer que Camellia sinensis vit 75 ans dans le climat idéal de cette province, mais qu’on le coupe à 25 ans quand il ralentit la production du trésor de ses feuilles nouvelles. Un sol très acide et une brumisation permanente sans excès de chaleur, sont les clés de cette culture complètement maîtrisée. Nicolas débite des chiffres affolants : les doigt agiles

d’une cueilleuse expérimentée peuvent ramasser 3 à 4000 feuilles par jour. Il en faut 90 000 pour une livre de thé de qualité supérieure, qui se paye 3 000 yuans. Naturellement les doigts des fillettes sont les bienvenues pour les plus petites feuilles

 

Des trois périodes de récolte, mars, avril et une de deux mois en mai, le nec plus ultra est celui de la récolte printanière, très exactement pour le 5 avril, afin de faire des libations qui « nettoient » la tombe des ancêtres. Coûteuse dévotion que celle du « thé de fleurs » ! Les maisons de thé qui existent encore, offrent aux amateurs fortunés des dégustations aussi subtiles que celles de nos grands crus.

 

 

Soudain une gigantesque théière se matérialise en lévitation au dessus d’une aire d’autoroute. Elle se déverse sans fin dans une tasse d’Alice au pays du kitch. Arrêt dégustation. Le thé offert est insipide, mais les gâteaux à la crème de thé vert ont une exquise âpreté. En revanche, le thé qui monte en briques vers le Tibet est constitué d’un broyat grossier de feuilles et de rameaux. Tel quel, avec sel et beurre de yak, les montagnards ne peuvent s’en passer. S’ils se trouvent en manquer, les Tibétains font bouillir l’amère écorce du chêne. On comprend pourquoi au XIXe, l’objectif principal de Robert Fortune - plus que celui d’inonder l’Angleterre de plantes ornementales - ait été de subtiliser des graines des meilleures variétés de thé. Soigneusement mises en couches dans des caisses de Ward, elles arrivaient toutes germées aux Indes, prêtes à la plantation.

 

 

Chengdu, capitale de la soie

 

Un ancien explorateur de la route du thé, T. T. Cooper, décrit en 1871 sur un ton très british, ses impressions sur Chengdu : « Tcheng-tcheou mérite qu’on l’appelle le ‘ Paris de le Chine ‘. Ses boutiques contiennent une immense quantité d’objets d’art qui trouvent des acheteurs enthousiastes parmi les nombreux mandarins qui sont constamment en résidence dans la ville… Le nombre de marchands d’étoffes de soie, de tailleurs et de libraires est prodigieux si l’on en juge par la foule des gens bien habillés et portant des lunettes qui entrent et sortent continuellement de ces dernières. » Marco Polo, le premier arrivé, décrivait la ville « comme une riche et noble cité » et E. H. Wilson « comme la plus belle ville de Chine. »

 

                                         Soie et brocart, dynastie des Han de l’ouest     ©P.Guéguen

Il y avait de quoi stimuler l’imagination, avant que l’on nous dépose dans le building du magasin coopératif d’état. Du moins, nous n’ignorerons plus rien du processus. Du cocon du bombyx qui se fait ébouillanter, étirer, dévider après une enfance gavée de feuilles de mûrier, jusqu’à la couette en soie, fraîche en été, chaude en hiver, à laquelle on ne résiste pas. Compressées, ces couettes nous suivront durant tout le périple. Une expérience

 

De ce cocon, étirer une nappe…                              P. Guéguen

intéressante est celle où rangés autour d’une table ronde, nous tentons à mains nues de distendre une boule soyeuse en une large nappe, devant les ouvrières hilares. Très résistante à la traction, cette sécrétion animale ! Nous abandonnons aux professionnelles un lamentable mouchoir de poche polygonal qu’elles tendent à leur tour, rythmant la traction pour aboutir à un grand voile aérien, merveille du non-tissé.  Au sous-sol, des enfilades tentatrices portent des robes fendues, tuniques et autres soieries, taille ado, car les chinoises sont menues. Les éléments mâles du groupe vont s’agglutiner devant le défilé musical qui fait virevolter des mannequins de rêve.

                               Arguments de vente à Chengdu               ©T de Kergorlay

 

 

La belle Chengdu, passage obligé de toutes les expéditions botaniques, et des missions  étrangères des siècles derniers, n’a plus grande chose à voir avec les images anciennes, sinon

dans ses ruelles cachées.

Signe de prospérité nouvelle, on risque bien plus de se faire écraser par une voiture que par une bicyclette.

Quand il en passe encore,

 elle est chargée comme un baudet,

avec un sens de l’équilibre

qui tient de la voltige.

                                               ©D.Rondeau

                      ©Dominique Rondeau 2005

 

    Le déjeuner est servi dans un de ces vastes restaurants, qui expose une marée de tables prêtes, serviettes pliées avec un art suprême. Le personnel est rapide, le plateau rond tourne à toute allure. Un coup d’œil dans les cuisines révèle le miracle chinois d’une fourmilière aussi désordre que coordonnée. Rencontre d’une noce.  Les mariés ne sont pas très jeunes : l’âge légal du mariage est au moins de 27 ans pour les garçons et de 25 pour les jeunes filles.

 

 

 

 

 

                                   


 

 

 

                     


« Les filles, soupire Marc, - elles ne veulent rien savoir si on n’a pas déjà une voiture et un appartement. Avant la télévision et la machine coudre, suffisaient. » Les cérémonies sont coûteuses et exigent trois jours de banquets.

      Ces deux-là ont du mérite à convoler. En bras de chemise, le marié, l’air exténué, accueille les invités sur le trottoir avec un sourire mécanique. Peut-être est-ce le troisième jour ?

      La nouvelle épouse est juponnée de blanc ; voile en tulle à festons et rose au corsage. En douce, elle s’appuie les reins contre la carrosserie de la voiture de location. Mais pour la photo, port triomphant ! Souhaitons leur un enfant.

© MCDubois



 

 


 

©F.Le Hir

 

 

« A la campagne, les gens veulent toujours un garçon, mais maintenant en ville, on se dit que c’est bien d’avoir une fille. », fait observer Marc.

 

Une maxime traditionnelle chinoise dit : « La mère la plus heureuse en filles est celle qui n’a que des garçons. ». Le déplacement vers la vie urbaine y changera peut-être quelque chose. Interrogé sur le souci de l’enfant unique dans ce pays qui n’arrive plus morceler sa terre pour son milliard trois cent mille habitants, Nicolas donne le discours officiel, puis les solutions à la chinoise : pour avoir un second, des couples font semblant de divorcer, louent un appartement dans un autre immeuble et mènent au sens propre un double vie. « Le problème, c’est d’être dénoncé par la concierge qui est aussi un fonctionnaire du planning familial. Elle doit faire des rapports sur qui entre et qui sort. C’est une question de sécurité… » Il ajoute : «  Les amendes sont fortes : de 8 à 12 000 yuans

pour le second, et au troisième à la campagne, le père est licencié. On peut même démolir la maison. En ville, l’amende, est de 70 000 yuans.» Avortement obligatoire et gratuit, Récemment, un  jeune avocat (aveugle) qui avait défendu des femmes refusant d’avorter a été mis en prison pour « troubles à l’ordre public ».

 

Il enchaîne sur la politique préférentielle dont jouissent les Tibétains de la part des Han, (qui représentent à eux seuls 92% de la population). Mais les minorités (56 nationalités) ont droit à trois enfants.

 

« Trois enfants ! Et l’école gratuite en plus ! » Vu de loin, quelle bienveillance. « Je ne suis pas Han, j’appartiens à une minorité. », glisse doucement M. Wang, sans commentaires. Chengdu est quitté cette fois sans retour, direction plein nord vers l’ouvrage hydraulique de Dujiangyan.

 

 


 

 


 

 



 

L’ouvrage fondateur de l’empire                                                                                                               

©F. PIcard

 

 

 

Dujiangyan  efficace depuis 2300 ans

 

Dujiangyan, un mot que les enfants chinois apprennent  par cœur dès l’école primaire : c’est  Le Canal, l’ouvrage hydraulique auprès duquel les autres ne sont que des redites ; l’acte originaire de la fondation de l’Empire, la canalisation de la puissante rivière Min.

Au premier abord, on ne discerne pas grand-chose d’impressionnant : il crachine, les capes de pluie se frottent les unes aux autres avec un bruit mouillé, pendant que les visiteurs baissent les yeux sur les marches pour ne pas glisser dans la descente.

Le premier saisissement vous prend à la vue d’une longue fresque murale reconstituée dans une salle à l’entrée.

Des hommes tout petits, mais nombreux, s’acharnent à détourner un cours tumultueux avec des sacs de pierres qu’ils se passent. Certains se noient, d’autres sont emportés, mais il y a encore de la réserve humaine et la rivière Min commence à céder la place.

 Une amorce de digue monte, sur laquelle l’eau bouillonne de fureur en s’écartant.

 Des dignitaires coordonnent les efforts, sans doute le gouverneur Li Bin et son fils, hommes doués d’une extraordinaire vision organisatrice. Ils furent déifiés ensuite par la gratitude du peuple, mieux que bien des conquérants célèbres


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Dérivation de la Min en crue                           ©

 

 

                            

                                     

 

Parmi le public qui écoute les explications de cette scène vieille de 2300 ans et  toujours recommencée, un groupe de sino-américains longilignes, nourris au lait, steaks et maïs des USA, écoute bouche bée. Beaucoup d’expatriés viennent faire ici, au sens propre, un retour aux sources.

« Parmi tant de choses corrompues en Chine », admirait E. H. Wilson « il est rafraîchissant de trouver une vieille institution maintenant un tel niveau d’excellence et d’utilité, siècle après siècle… »

 

 

 

 

Le principe en d’une conception simple mais très complexe dans la réalisation : Tout d’abord, une colline fut tranchée pour laisser passer les eaux de la rivière Min et les répandre dans la plaine. Avant l’invention des explosifs, les roches étaient successivement chauffées et refroidies pour être délitées et retirées. Chose faite (pour çà, les Chinois sont de véritables « tranche-montagnes »), le génie fut de diviser ce cours irrégulier selon les saisons, en deux branches, elles-mêmes subdivisées à l’infini. Le moyen reste encore des digues en forme de V, éperons de pierre dans le sens du courant. L’eau pour les Chinois est le « sang de la terre » : cette artère irrigue la plaine, en un réseau anastomosé de ruisseaux et de canaux. Après avoir abreuvé les cultures et fait tourner les moulins, ils réunissent leurs cours

plus au sud, en entrant dans le YangTsé Kiang.  Le nom même du Sichuan signifie les Quatre rivières. La Min, la Kialing, la Yalung et le YangTsé Kiang, grossis de leurs 80 tributaires, arrosent généreusement le Bassin rouge. Le YangTsé, le troisième fleuve plus long du monde, 6 300 km comme chacun sait, ne porte son nom international (Fils de la mer) que depuis une époque récente. De sa naissance sur le plateau tibétain, jusqu’à son embouchure dans la mer de Chine méridionale à Shanghai, il continue d’avoir des appellations différentes. A l’ouest du Sichuan, c’est TaKiang, la grande rivière, ou Changjiang, la longue rivière, ou tout simplement Kiang, La Rivière. Plus en amont, c’est Kinsha ho, la rivière aux sables d’or, celle qui roule des pépites.


 


 

                                                                                                                                            

©F. Le Hir

 

 

 

Le temple des Seigneurs de l’eau

 

   

 

A mi-pente de la colline qui domine le barrage, les escaliers traversent un temple niché sous de grands arbres. Ce temple des Deux seigneurs de l’Eau, est plongé dans une pénombre verte. La cour centrale abrite de très vieux arbres ciselés comme des bronzes. Chaque détail d’une architecture et d’une sculpture raffinées ressort dans une ambiance sous-marine. Les portraits en relief de Li Bin et de sa famille sont personnalisés et frappants d’humanité, en face des bouddhas impassibles et des poussahs dorés. - Cet ouvrage-là, c’est notre œuvre et non celles de divinités -, peuvent penser les Chinois qui viennent voir comment furent domptées les eaux, représentées par la force brute d’un rhinocéros.

 

 

 

©D.Rondeau

 

                                                                  La Min domptée

                         

 

©P. Guéguen

 


 

           

                                                                                                                      

 

 

                                                                                                                 ©P. Gueguen

Surmontée de constructions délicates, la volée de marches débouche enfin sur la perspective du pont suspendu qui enjambe successivement les deux bras de rivière. Estompé par la brume, le paysage est décoloré, à peine une ébauche de lignes grises. L’énorme puissance se manifeste seulement par un sourd bruit de fond.

 

 

 

Les ponts doubles D. Rondeau

  

Un panneau annonce « qu’il est interdit de courir sur le pont, ou de le faire bouger.

©M.Le Bret

Anne–Marie Rouau, Marie-Claire Dubois et Christian Monnet

A part ceux qui sont bloqués par le vertige, tous les autres se précipitent pour faire valser les deux passerelles. Il y a les marins fermes sur les planches oscillantes, les ados qui font crier les filles, le bon fils qui guide contre la main courante, sa mère aux jambes arquées, les ingénieurs qui discutent en m/seconde, Franklin qui rassure la jeune botaniste effrayée : « Waves ! » dit-elle. A l’aller et au retour, beaucoup de rires et de bonnes vibrations !

©M. Le Bret     

Georges Dubois après le pont oscillant

                                         

©F.Le Hir

Les  « dragons » de Li Bin

 

 

  

© P. Guéguen

© P. Guéguen                    

 

 

                            


 


Des pains en forme de saucissons de bambou tressé, remplis de galets ronds : ce sont les zhulong, gabions accumulés pour former les digues. Des tripodes en bois les supportent. Régulièrement refaits depuis les origines, ils sont disposés sur le quai.

                                     

              M. Wang, d’habitude assez réservé, m’entretient de dragons sans s’essouffler pendant toute la remontée. Long, c’est le serpent de cailloux, les petits dragons qui ensemble contrôlent le fleuve.

Est dragon celui qui maîtrise l’inondation. Aussi l’empereur portait-il seul la robe rouge du dragon, allégorie du pouvoir absolu.

 

« Très bon, le dragon », dit-il.

 

©P. Gueguen


 

 

 

 


 


                                          « Li Bin était un Roi », approuve M. Wang.          

 

Vu d’en bas, la colline des deux temples parmi de très vieux Ginkgo biloba

Le paysage est à l’envers. Plus intéressés en remontant par les plantations intactes depuis si longtemps, nous examinons arbres et arbustes. Au bord du premier pont d’abord, un gros Pterocarya sp. avec ses longues inflorescences pendantes sur le flot ; des Ginkgo biloba qui surmontent la berge, si anciens qu’ils ont des « chichis » autour de la base (réitérations à partir des racines), Viburnum, Lagenaria, Camellia, Osmanthus, pins tourmentés ; surtout des feuillages persistants, l’écrin verdoyant du temple. Les gens vont et viennent  dans son enceinte autour des« bâtons d’odeurs », qui laissent flotter leur fumée au dessus des vasques. Gan Na, notre jeune botaniste, va s’incliner un moment devant les Bouddhas sous leurs multiples incarnations.

©F. Picard

Cour du temple supérieur

Une  fillette à couettes et socquettes, tirée à quatre épingles, s’apprête à déposer un bâton d’encens, quand elle nous aperçoit, et fonce sur nous avec aisance.  « Hello, my name is Shui Lin, what is your name? etc.…» Sa mère, une petite femme gauche et maigre rougit de fierté. Nous remettons à mademoiselle Lin une feuille certifiant qu’elle parle très bien anglais et qu’elle est charmante, avec notre adresse. Elle le plie avec soin : «  For school ».

 

La vallée de la rivière Min

 

Reste à faire le trajet qui nous emmènera dans la nature protégée de Wolong en passant  par la vallée de la Min. Après quelques kilomètres de cultures (champs de ginkgo pour l’industrie pharmaceutique), le car emprunte la « nouvelle route  en construction » puisque l’ancienne va être noyée bientôt. Un passage de tunnel nous introduit dans l’antichambre du purgatoire : le car s’enfonce dans un boyau faiblement éclairé par des ampoules nues, trop espacées sur le fil qui court au plafond. Dans la demi obscurité, des ouvriers creusent la terre mouillée à la pelle et la déplacent à la brouette, au milieu des gaz d’échappement du trafic. Une jolie fille tachée de boue est saisie dans les phares, les yeux clignotants, poussant une brouette vide vers un groupe indistinct.

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                          

 

 

 

 

       ©F.Le Hir

Vallée basse de la Min au printemps

Toute la vallée en amont va être immergée sous un autre gigantesque complexe hydraulique, le Zipingpu, de 200 m de haut. Son l’objectif est de produire de l'électricité et de prévenir les crues centennales dans le bassin de Chengdu. A travers les aulnes, Alnus nepalensis, apparaît  un spectacle de désolation : maisons écroulées, vastes usines désaffectées aux vitres éclatées,  toitures crevées comme par un bombardement, cheminées  déglinguées par l’entropie qui ronge les constructions abandonnées.

 

 

 

 

 

 

 ©P.Guéguen

Des traces humaines ajoutent une touche triste à ce Mordor : au fond d’une gorge, une  petite lumière dans un grand bâtiment. Des ouvriers au bord de la route réchauffent leur gamelle sous leur gîte pour la nuit : des perches bâchées par la sempiternelle toile bleu blanc rose. Une cage pend, un pigeon blanc à l’intérieur, compagnon ou repas ? Les flancs de la montagne dont toute la végétation a été coupée, sont en partie bétonnés sur croisillons de ferrailles pour retenir la terre.

©F. Le Hir

Aménagements des talus

 

 

 

 

 

                                                                                                         

 

 

©P. Guéguen

                Pont sur la rivière et vue sur la voûte du futur barrage en aval

Et au-delà s’écoule la Min, qui charrie une eau noire, pour compléter le tableau d’un tsunami technocratique. Plus en amont, des usines d’agglomérés de boulets de charbon, - encore très utilisés en Chine - fument dans le brouillard. Un joli petit hameau est assez haut perché pour échapper à l’engloutissement. Le cadre n’est pas gai mais il y a quelques taches vertes, un bouquet de palmiers, Trachycarpus fortunei, des coulées bleutées de jeune blé, perpendiculaires à la route (leur largeur est chacune celle d’une serpette tenue à bout de bras.) La route monte en serpentant, laisse sur le côté un camion bleu dont le train arrière gît dans le caniveau. Des feux s’allument autour rassemblant des petits groupes d’hommes transis par le froid qui tombe.

 ©F. Le Hir

On commence à se croire en montagne, et puis une barre d’immeuble surgit, solitaire dans un vallon sauvage et encaissé. « Pour 200 personnes », dit Nicolas. Ses réponses aux questions qui fusent sur le relogement de tous les paysans déplacés par ces travaux pharaoniques, sont ambiguës. « Une somme correcte a été décidée en compensation pour chaque famille... mais la gestion de ces fonds… les fonctionnaires…il n’y a pas toujours de contrôle…on n’a pas le temps d’étudier les demandes…des gens protestent…mais quand l’argent est mangé, où aller ?... ». Des manifestations ont eu lieu, on commence à en discuter ailleurs. Des articles sortent concernant les problèmes de l’impact de ces barrages sur l’environnement, sur leur remplissage rapide par les limons accumulés. Comme au barrage des Trois gorges où « des écrevisses feraient des trous dans le béton de la voûte ! »

 

 

 

 

 

 

©I. Laan

 

 

 

©F. Le Hir  

L’arrivée à Wolong

Les ombres s’allongent sur une végétation dense à mesure que l’on prend de la hauteur en pénétrant dans la vallée resserrée de la rivière Wolong. Parois verticales, échevelées d’arbustes acrobates ; Cornus aux fleurs étagées, les pieds dans les torrents crachant de l’ écume sur des plots brise-courant qui servent au flottage des troncs. La couverture végétale devient totale, les conversations s’arrêtent.

On se dévisse le cou pour apercevoir les crêtes verdoyantes d’étroites vallées d’affluents, où paressent des écharpes de brume. Un cri : Cardiocrinum ! Six pieds gaufrés de ces lis géants de l’Himalaya se dressent dans une niche. A 940 m d’altitude, nous réclamons un arrêt. Au bord du torrent, des petits saules, nouveaux pour nous. Une cascade d’Actinidia dévale la falaise : belles fleurs aux larges étamines jaune pêche. De loin, il semblait un rosier de Banks en plein épanouissement.

 

 

 

                          

 

           

©P. Bellec                     Actinidia sp.

 


 

Un sureau herbacé, Sambucus chinensis ©P. Gueguen

Nuit noire dans Wolong, bourg montagnard aux ruelles étroites où le car cherche son chemin vers le Wolong Hotel . D’autres hôtels, encore squelettiques, surgissent et retombent dans l’obscurité. De la lumière là-bas ? Les mêmes affreux lampadaires en forme de tulipes qui bordaient les avenues de Chengdu, nous mènent au gîte. Nous voici arrivés sur le domaine privé des pandas géants.