16 Mai 2005

 

« Le plus joli animal que je connaisse. »

Père Armand David

A Wolong, les ours-chats géants

 

Bruine et brume baignent au petit matin la végétation luxuriante de la profonde vallée de Wolong. Puis le soleil vient faire scintiller les feuillages. Le climat idéal pour les bambous-flèches que les paysans cultivent dans leurs enclaves en bordure de torrent. Ce cadre ponctué de rhododendrons violet intense (R. davidii) paraît à mille lieues de l’activité frénétique entrevue hier dans la vallée de la Min. D’avance, j’ai pourtant de l’appréhension vis-à-vis de l’aspect « zoo »… barrières, pancartes, cages et public. L’allée qui descend vers la réserve franchit une eau transparente où des poissons glissent sur les galets verts ; un buddleia aux longs thyrses s’incline au dessus.

 

 

 

 

Faisans « vénérés »

Encore quelques pas, un bruit d’ailes, un éclair mordoré traverse et disparaît derrière une cascade de clématites blanches. Juste à point pour rappeler que la Chine est la patrie d’origine de 63 espèces de faisans. Avec le carnaval de leurs brillantes couleurs et leurs longues plumes caudales, ils sont tous sont plus magnifiques les uns que les autres. Pour les Chinois, depuis toujours, ils sont des oiseaux mythiques de l’art et de la littérature. Notre faisan doré a été introduit comme gibier en Europe au XVIIIe siècle.

Au siècle suivant, Georges Washington passe pour avoir été le premier américain à s’être passionné pour leur élevage à Mount Vernon.

 

 

 



Le Centre d’élevage et de recherche sur le panda géant de Wolong

 

Le premier panda en vue est affligeant. Sur un petit promontoire, il tourne en rond, sans fin, l’arrière-train souillé et le regard psychotique

 

© Rondeau

Un peu plus loin, des barreaux ferment un réduit où gît une masse inerte. De quoi prendre la fuite ! Il faut vaincre cette réticence : Wolong est un lieu de sauvetage, fondé en 1958. Dans les premières années, ces vestiges le montrent, on se contenta d’enfermer des pandas pour les préserver. Le manque d’expérience en éthologie faisait que les animaux cloîtrés étaient malheureux, et bien entendu, ne se reproduisaient pas. Depuis 1980, connaissances et recherche ont été récompensées par des naissances « couvées » par les soigneurs.

Femelle enceinte en observation

« Nous l’appelons Dàxióngmāo,l’ours-chat, 大熊猫. En tibétain son nom est byi-la dom, le chat-ours », me précise M. Wang (les Chinois avaient remarqué que, si la plupart des ours ont des pupilles rondes, celles du panda géant sont des fentes verticales, comme celles des yeux de chat.) Il ajoute : « Venez, ils sont très bien plus loin, ils ont des arbres. »




© Picard

C’est vrai : des cris de joie saluent le spectacle des pandas débonnaires dans de larges enclos à flanc de montagne.



 

 

 

 

Une vieille femme Qai tient dans ses bras un petit bonhomme réjoui à la vue d’un panda en train de chercher une position confortable en haut d’un arbre.

 Une bonne tête crème marquée de quatre taches noires : les oreilles rondes, la truffe et les lunettes de soleil.

 Leur larmier tombant donne au panda géant un air suppliant auquel il est difficile de résister pour quiconque a eu un nounours dans sa vie.

Avec ses rondeurs, ses bottes noires et sa cape de fourrure sombre jetée sur ses épaules, Ailuropoda melanoleuca avait plus de chance de mobiliser pour sa cause les défenseurs de la nature au plan international que le crapaud aboyeur en danger d’extinction.

 

 

 

 

©Picard

 

 

« L’ours géant du Père David "

Ce panda géant est l’ancien « ours du Père David ». Du nom du missionnaire   

lazariste, grand naturaliste et explorateur, qui en découvrit un sujet vivant, le 23 mars

1869, dans les montagnes du sud-ouest de la Chine. L’habitat naturel  d’Ailuropoda

 melanoleuca, Ursidé, se trouve dans les

hautes régions du Sichuan, du Gansu, du Shaanxi et au Tibet.

Vers ours à lunettesd’altitude, il trouve sa nourriture dans les étroites vallées tièdes et ombreuses qu’il affectionne.

            En 1964, D. Dwight Davis, conservateur du département Mammifères au Field Muséum d’histoire naturelle de Chicago, soutint que le panda était un ours modifié, qui avait acquis des caractères hautement spécialisés.

Les études génétiques poussées prouvent seulement que le panda est très proche des ours, en particulier de « l’ours à lunettes », Tremarctos ornatus, seul ursidéd’Amérique du Sud, vivant autour du bassin des Andes tropicales. Comme ce dernier, il n’hiberne pas.




Repas végétariens

Puis le panda grimpeur change d’avis et se laisse glisser en prenant son temps, freinant

avec les solides griffes de ses pattes arrière. Au sol, il s’assied sur son séant.

Et disparaît sous un amas de bambous qu’il se met à croquer, tiges et feuilles. Il les décortique avec une dextérité fascinante, utilisant une sorte de pouce opposable aux autres doigts : le sixième doigt du panda (il s'agit en fait d'un os du poignet modifié).

Il mange  jusqu'à près de 30 kg de végétal par jour (40% environ de son poids total). Quatorze heures de mastication entre le matin et le soir, sans être rentables pour autant : le panda ne digère que 17% de la cellulose.

 

Cet animal, fossile vivant, est curieusement devenu végétarien après trois millions d’années comme carnivore. Sa préférence pour deux bambous est bien connue : le bambou-flèche, Sinarundinaria fangiana et le bambou-fontaine, Fargesia spathacea. Selon les opportunités, le panda peut consommer 13 autres espèces, du moment qu’elles ne sont pas épineuses pour ses lèvres tendres.

©Picard

A l’occasion, il croque des œufs, des insectes, des rongeurs et même du miel, comme un ours. Mais seulement pour 5% du total ; en fait, son régime n’est pas du tout équilibré : trop peu de protéines ! Les pandas se prennent malheureusement pour des herbivores ; mais ceux-là sont équipés pour assimiler 80 % de leur fourrage… Bamboos’s addicts, ils sont dépendants de ces graminées, dont la floraison simultanée signe la mort au bout de dizaines d’années. La floraison de 1976 a fait des ravages après la disparition de grandes surfaces de bambous. Comme ces plantes repoussent naturellement à l’ombre des feuillus, la déforestation humaine a fait le reste. Les pandas ont perdu le goût de vivre... Leur lenteur d’animaux sans prédateurs (hormis nous), leur absence de sociabilité et leur faible appétit sexuel ont fait le reste, les menant au bord de l’extinction. « Les pandas ne sont pas des animaux intelligents », convient un de leur farouche défenseur – au sens où l’intelligence est la faculté de s’adapter. Ailuropoda melanoleuca melanoleuca est en catégorie 1 de la Liste rouge des espèces en danger. Une autre sous-espèce, Ailuropoda melanoleuca qinlingensis, Wan, Q.-H., H. Wu, & S.-G. Fang, panda à fourrure brune et blanche, à l’ossature plus légère, a été découverte en 2005 dans les monts Qinling, au Shaanxi.

 

 

         

 

Pandas géants à l’étranger

Pourtant depuis qu’il est devenu le « roi des animaux », trésor national de la Chine et emblème du WWF, sa disparition annoncée a reculé. Pour la population sauvage décimée par les braconniers, le gouvernement n’y est pas allé de main morte : le « meurtre » d’un panda était puni de mort jusqu’en 1997, quand  la

peine a été commuée à 20 ans de prison. En 2006, l’estimation faite en 2005 a été revue à la hausse. A présent, la Chine compte 183 pandas géants élevés en captivité. Au Sichuan, 98 vivent au Centre de Wolong et 46 autres au Centre de Chengdu. La location de longue durée de 24 pandas géants à des zoos de pays étrangers est à la fois diplomatique et rémunératrice.                                  Taiwan vient d’ailleurs d’en recevoir un couple, une façon d’occuper le terrain. Le loyer varie de 500 000 à 1 million de dollars par an. Enoutre, les animaux nés à l’étranger doivent par contrat être rendus à la RPC à l’âge de 3 ans.


 

 


Un avenir pour le panda ?

Sur une sorte de plate-forme en rondins, six petits sont justement offerts aux regards attendris. L’heure du repas a sonné. Les assiettes de biscuits protéinés sont disposées en rond par terre. Les premiers descendus font des roulé-boulé, d’autres se font tirer l’oreille pour se réveiller. Le plus paresseux se fait monter son petit déjeuner au lit. Repus, ils jouent ensemble dans un magma bicolore. Ceux-là n’ont pas de souci à se faire. Ils sont parrainés par des donateurs de toutes nationalités dont le nom, pour le prix, est gravé sur une plaque.

 

 

©Guéguen

La reproduction sous contrôle des pandas est un véritable exploit biologique pour les éleveurs. La maturité sexuelle n’intervient qu’à l’âge de 5 à 7 ans. Les femelles n'ovulent qu'une fois par an entre mi-mars et mi-mai et l'insémination artificielle, la plus fréquente, n’a de chance de réussite que durant 24 à 48 heures. La reproduction naturelle se heurte au désintérêt ou au manque d’expérience des pandas captifs.

Quel est le scientifique qui a eu l’idée d’une expérience classée X ? En Chine et en Thaïlande des vidéos de copulation filmées dans la nature été projetées à un public mixte de pandas patauds. Dans certains cas, la stimulation leur a permis de passer à l’acte reproducteur. Ce ne sont, bien sûr, pas les images qui leur ont appris le comportement des mammifères, mais lesenregistrements desappels des mâles ainsi que les bêlements, beuglements et autres aboiements spécifiques, liés à l'époque de la reproduction. Les amours sont plutôt bruyantes chez les pandas.

 

©Le Bret

La mortalité infantile des petits reste élevée. Ils naissent par deux, minuscules (180 gr.), immatures et nus. Grâce au maternage du jumeau le plus faible, habituellement  abandonné par la mère, cette population atteint maintenant près de 300 animaux. En 2005  sur 25 pandas nés en captivité, 21 ont survécu. Les 16 bébés pandas nés cette même année au Centre d’élevage et de recherche de Wolong sont tous bien vivants : victoire sur la sélection naturelle !

©Le Bret

 

 

 

 

Une nouvelle donne pour les pandas géants

 

En mai 2005, quand notre équipe est venue, le classement des réserves de pandas sauvages de Chine sur la World Heritage List de l’UNESCO restait encore en suspens. Certaines conditions n’étaient pas remplies (il est intéressant de consulter le document technique de l’UICN à la candidature au patrimoine mondial : hc.unesco.org/archive/advisory_body_evaluation/1213.pdf) Janvier 2006 : les 924 000 ha de réserves relictuelles de panda ont été rassemblées et classées en un seul vaste sanctuaire, le Sichuan Giant Panda Sanctuaries.

Chine Sichuan Provinceref: 1213 Date of Inscription: 2006

Criteria: N (iv)                           N305000E1030000

Les Sanctuaires du grand panda du Sichuan abritent plus de 30 % de la population mondiale de pandas géants. Situés dans les montagnes Qionglai et Jiajin, les sanctuaires s’étendent sur 924 500 ha et comprennent sept réserves naturelles et neuf parcs paysagers. Ils constituent aujourd’hui la plus grande zone contiguë d’habitat de ce panda - une relique des forêts paléotropiques de l’ère tertiaire – qui est une espèce particulièrement menacée. C’est aussi la plus importante source de grands pandas pour l’établissement de populations de l’espèce en captivité. De plus, les sanctuaires abritent un certain nombre d’espèces en danger à l’échelle mondiale comme le petit panda, la panthère des neiges et la panthère nébuleuse. Sur le plan botanique, il s’agit de l’un des sites les plus riches du monde, en dehors des forêts tropicales ombrophiles, avec sa flore qui compte entre 5 000 et 6 000 espèces appartenant à plus de 1 000 genres. A l'heure actuelle, sur cette seule réserve naturelle, vivent 412 espèces de vertébrés terrestres dont 74 figurent sur la liste nationale de protection des animaux sauvages rares, comme le panda géant et le singe au nez retroussé

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le rhinopithèque doré, Rhinopithecus roxellana, découvert par le Père David au Sichuan

 

Organisation future de la Réserve

« Le déplacement des habitants contribue à la protection des pandas géants, à la réduction de l'influence humaine sur les milieux de vie des pandas et à l’écologie de toute la réserve. Après le déplacement des habitants, des bambous seront plantés », a indiqué M. Zhang Hemin, directeur de l'Administration de la réserve naturelle de Wolong.

 

 

 


         

 

 

« Cette émigration écologique sera achevée d'ici deux ans et le gouvernement accordera des subventions aux personnes déplacées », a-t-il précis, avec une

 

attention particulière à la protection et à la construction de l'environnement.

 « Nous avons mis en route une expérience d’écotourisme dans une station pilote. La Réserve prête une attention particulière à la participation des gens à des patrouilles de contrôle et de gestion des parcelles forestières… »

« L’idée est d’encourager les gens qui vivent dans la montagne à descendre dans la vallée pour profiter des opportunités touristiques. En échange, ils s’engagent à restaurer leurs champs dans leur condition originelle de forêts naturelles ou de forêts de bambous. »

 Le gouvernement chinois projette d'investir 117 millions de yuans (14,14 millions de USD) dans le relogement de 2383 habitants qui vivent actuellement dans la zone de protection des pandas géants de Wolong.

 

 



Sur l’impact de la pression touristique (100.000 personnes en 2005), M. Wang Zemin répond « qu’un comité d’experts pilotera un programme écotouristique pour en limiter le nombre. De plus, la surface ouverte à la visite ne représente au total que 1% des 200 000 ha de la réserve. » En clair, les animaux dans la nature resteront invisibles pour n’être pas dérangés, tandis que le Centre fera le plein de visiteurs.

©F.Le Hir

A la sortie du centre, la librairie nous enrichit de livres sur la biologie et la flore de la région où nous allons maintenant nous rendre. Les femmes de Wolong proposent joyeusement sachets de poivre du Sichuan (grains vides…)  et étoffes tissées à l’ancienne.

De dr. à g. : Anne–Marie Rouau, femme de Wolong, Isabelle Laan,

Pascale Guéguen, et derrière, une pépinière de peluches

 



 

 

            

 

©F.Le Hir

Le nouvel ensemble des réserves classées au Patrimoine mondial, avec leurs « ponts verts », parait la dernière chance pour une vie libre du panda géant dans son milieu naturel, en compagnie d’autres animaux et de plantes rares, du sud-ouest montagneux chinois.

Liens :        http://french.people.com.cn/VieSociale/3779304.html     

http://pandageant.ifrance.com/whc.unesco.org/en/list/121                   

http://www.ecologie.biz/panda.htm