17 mai am                         

La « Vallée des héros »

Nos guides nous ont prévenu, avant le départ du Wolong Hôtel : « Bonnes chaussures, sacs légers, lampes de poche, bâtons… »

©M.Le Bret         Fraîcheur, verdure et schistes glissants

 

 

Un radieux soleil nous met des ailes aux talons quand, après quelques kms, l’équipe aborde à pied une faille étroite taillée entre deux montagnes vertes. « On l’appelle la  Vallée des héros », dit gravement M. Wang, qui veut dramatiser à l’entréeYingchang Gou n’aurait été qu’une mise en jambes ? Mais la geste héroïque n’est en rien la nôtre, à part quelques passages où il vaut mieux regarder vers le haut  que vers le bas. Nous saurons plus tard quifurent ces valeureux « héros ».

La grimpée raide se fait calmement, bien collée à la falaise. La vue est si belle, à 2000 m que c’est un privilège de respirer l’air transparent, d’entendre le frémissement de toutes les jeunes feuilles, sur le flux continu qui monte de la gorge. Les « ponts » sont luxueux : deux ou trois troncs acajou brillant de Prunus serrula. Ils ont l’air aussi bien  astiqués que ceux des parcs de grandes jardinières. Sans doute les ont-elles vus dans leur milieu naturel ? Des hirondelles accompagnent de cris aigus leurs glissades au dessus de nous. Leurs nids, tout en haut, sont inexpugnables. Sous ce climat doux, les ornithologues ont observé récemment qu’elles ne migrent plus.

Le raidillon ouvre aussi des perspectives spectaculaires sur les bois accrochés en face.

©F.Le Hir

©F.Le Hir

©F.Le Hir

On ne sait plus s’il faut regarder ses pieds ou les rhododendrons blancs ou roses suspendus en apesanteur parmi les érables et les conifères, exprès pour attirer l’attention des insectes pollinisateurs.Des rhododendrons augustinii nous font un brin de compagnie, déclinant toujours des bleus différents.

Un tunnel ? Avec une petite bouche de lumière qui semble bien éloignée… Voici l’œuvre des héros : creuser au pic et à la main, quatre profonds tunnels pour y faire passer les arbres abattus dans les régions hautes de la montagne. Pas d’autre accès possible. 

©F.Le Hir

Une fois dedans, tâtonnant et dérapant sur les cailloux mouillés, on traverse des rideaux de douche étincelants, avant d’émerger à la lumière. Il faut imaginer ce que furent les conditions de travail des Sichuanais, d’abord pour progresser à travers la roche, puis pour y faire glisser les magnifiques troncs des arbres coupés. Une déforestation qui a fait mal, les forêts d’altitude étant jusque-là le domaine inviolé des pandas géants.

©F.Le Hir

En sortant des tunnels, on apprécie d’autant mieux les plantes foisonnantes sur les côtés humides et les bordures. Tsuga, Betula albosinensis var. septentrionalis, à écorce pêche, nombreux érables bien distincts, Acer cappadocicum var. sinicum, qui débourre avec un rose flatteur (ses couleurs d’automne sont à la mesure) ; Acer sterculiaceum, aux larges feuilles lobées ; Acer tataricum ssp. ginnala, aux feuilles petites, elles aussi rougissantes en fin de saison ; notre cher Acer davidii, indignement appelé « peau de serpent », alors que les lignes verticales en dégradés de verts et de crème de son écorce, lui donnent une allure gracieuse. A noter que sous ce climat, les arbres vieillissent sans que l’écorce ne devienne brune et épaisse.

La sente devient chemin creux entre des talus de mousses.

Les sujets sont jeunes, typiques des forêts secondaires. Beaucoup d’arbuste héliophiles de lisières, viornes, chèvrefeuilles, rubus, églantiers, buddlejas, et des daphnés, dont on ne se lasse pas. Du fin couvre-sol d’Ophiopogon sortent des ancolies, des Paris, une Ombellifère au feuillage de fougère (Selinum wallichianum),  des prêles et des Smilacina, plante à bulbe aux jolies fleurs pourpres.

    Des barbes–de-bouc, Aruncus cf dioica, sont regardées avec gourmandise par Marc : en Chine leurs jeunes pousses sont un régal de même qu’une sorte de lichen vert frisé, salade épiphyte sur les troncs de bouleaux à l’ombre : « On l’appelle ‘peau de grenouille’ », dit-il.

©D.Rondeau

Vu  leur développement, personne n’est venu ramasser ces pseudo batraciens. La réserve est surveillée, d’autant que des pandas géants habiteraient la forêt restante. Nous sommes invités à nous arrêter, après la cabane d’observation des chercheurs.

 

Provisions tirées du sac, c’est un déjeuner de vacances sur un plateau ombragé de différents saules. La rivière coule à petit bruit, paisiblement, avant de s’embarquer pour les rapides et cascades de l’à pic. Heure de sieste ou d’activités créatrices.

Gabriel Rouau devant un Cornus kousa var. chinensis                 ©T de Kergorlay

 

 

 

 

Passe-temps dans les bambous                                ©MC Dubois

La « troïka » à l’ombre, Jean Merret,  Isabelle Laan, Christian Monnet    ©MC Dubois

 

Une autre vallée avec un biotope un peu différent, nous attend pour l’après-midi. Ces milieux relativement isolés, bien que géographiquement peu éloignés les uns des autres, sont une formidable opportunité de comparaisons. Quand aux pandas sauvages, s’ils ont observé notre groupe, ils ont été discrets.

Dérapant dans l’obscurité glissante des tunnels, l’équipe prend le sens inverse, sautant les ruisseaux, retrouvant une station de minces Betula szechuanica gris à reflets argenté, qui poussent à plus basse altitude que les Betula utilis, dont l’écorce est plus cuivrée par ici. 

 

Une rencontre, celle d’une femme qui nous présente des Asarum sp., dont les parties souterraines sont une des médecines traditionnelles contre les rhumatismes. N’en souffrant pas pour l’instant, nous répondons à son charmant sourire et poursuivons la descente.

 

©MCDubois