18 mai matin
Vers le col de Balan Shan
Franklin Picard s’en va vérifier ses observations ©M. Prunier
Entre les minces lattes de la passerelle oscillante, les tourbillons de la rivière Wolong incitent à passer vite. Le pont suspendu est glissant de pluie, l’atmosphère est au crachin dans la vallée que nous quittons. Avant de monter au col de Balang shan, 2500 m plus haut, l’équipe fait la traversée par acquis de conscience. Des plantes entrevues au retour de nos randonnées de la veille étaient sur l’autre bord et sait-on jamais ? Les peupliers du coin s’avèrent bien être Populus szechuanica, d’autres plantes sont recueillies en échantillons à sécher. On repasse d’un pied léger; en route pour les vraies montagnes.
©M. Prunier Sous Populus szechuanica, D. Rondeau, M. Le Bret et G. Rouau surveillent Arielle
Les strates de végétation en zones d’altitude apparaissent pendant que le car peine à grimper : de la forêt mixte de feuillus et de persistants, déjà printanière, à la strate des conifères sombres, aux rhododendrons de taille décroissante et aux petits chênes à feuilles coriaces. Puis celle des buissons épars et crispés, jusqu’à l’étage alpin sec sur d’énormes dômes arrondis et pierreux. En avançant, on recule d’une saison : chute de la température, premiers flaques de neige sur les versants nord, premiers yaks solitaires sur des prairies brunes et blanches. Un bref éclat jaune soleil illumine cette austérité : un Meconopsis integrifolia, à l’abri d’une roche. Pas question pourtant d’arrêter le car en plein effort, d’autant que les camions de transport bleus ne sont jamais loin à négocier les tournants. |
|
©M. Prunier |
Le paysage est à présent enneigé et se fond dans un lavis pâle. Difficile de distinguer où nous en sommes lorsque la vue se dégage d’un coup : la passe de Balang shan ouvre un nouvel horizon, à 4523 m d’altitude. Une large descente d’érosion glaciaire tout en courbes. Ce col est très difficile par mauvais temps et au dégel également, aussi le gouvernement chinois a envisagé d’investir dans un tunnel de 60 km de long qui passerait sous le massif. |
||
|
|
|
||
|
©P. Guéguen
Des passages épiques de ce col, à pied et à cheval, sont relatés par bien des voyageurs, tels que A. David-Neel ou F. Kingdon-Ward, sans compter les tourments d’innombrables anonymes de l’histoire, et les routards à vélo de notre époque.
Le groupe pris par Patrick Bellec P. Bellec
Une cabane en lauzes de pierre peut servir d’abri. Des oriflammes multicolores claquent au vent, au bout de longues perches. Il y en a pour les dieux et pour les hommes.
|
|||
|
©M. Le Bret |
|
|
|
|
La porte de Balanshan ©MC.Dubois
Nos guides étaient inquiets. Mais ce matin, la route est grande ouverte pour Rilong vers la Montagne des 4 Filles
Thème du panneau : « Revenez en été, tout sera vert crû » © MCDubois
Ces larges flancs ne sont pas exposés au vent du nord. La neige a fondu, des petits rus gargouillent partout. 300 m plus bas, c’est déjà l’éclosion des fleurs. A pied, nous remontons en courant sur les alpages. Les coupes d’or des méconopsis sont disséminées un peu partout, en touffes. Dressées sur leur feuillage glauque doucement velu, elles balancent leurs corolles jaunes aux étamines plus foncées dans le fort courant d’air.
Meconopsis integrifolia dans son milieu ©T.de Kergorlay |
|
||
|
Michaël a trouvé des capsules de Meconopsis ©Le Bret
De petites gentianes annuelles, d’un bleu glacier variable au ras du sol, des primevères azur et des corydalis bleu fluo poussent en compagnie des méconopsis, l’accord parfait. Des rhododendrons au feuillage minuscule tapissent le sol sous la neige fondante : les bien nommés R. nivale.
|
|
Gentiana sp. ©P. Guéguen |
|
Primula optata ©T.de Kergorlay |
Meconopsis integrifolia ©M. Prunier
A 4300 mètres d’altitude. |
|
|
Vers 4000 m, un nouvel arrêt toujours trop court, dans un tournant. Au moins trois espèces de saules différents dans un creux humide. Un curieux arbuste aux graines rougeâtres sera à déterminer. Gilles Rouau et Gilles Stéphan repèrent un beau rhododendron rose et blanc. En aval, des cabanes de bergers et un relais pour les camions. Rilong n’est plus loin Une autre primevère, presque irréelle, ouvre ses fleurs violet pourpre à œil jaune et noir, parmi sa couronne de feuilles argentées. |
|
Primula chionantha ©P.Guéguen |