18 mai pm                          

Rilong, vallée de Changping Gou

 

Tapis de petits rhododendrons violets sur l’ubac, de rhododendrons roses sur l’adret. Les deux versants de la vallée qui descend du col de Balang Shan, vers 3 600 m se ressentent de leur exposition : à l’ombre de droite, des conifères ; à gauche, des chênes, tellement broutés qu’ils forment des buissons en boule. Le paysage se resserre autour de la route. De gorges en gorges, on parvient à l’étage des bouleaux, Betula szechuanica aux troncs gris clair d’abord, puis Betula utilis, cuivrés. En quittant l’artère principale, on pénètre dans un autre monde, Xiao-jin dans la préfecture d’Aba est encore toute imprégnée de culture tibétaine. Trois stupas, passés à la chaux, brillent de leurs pointes dorées sur un fond de montagnes escarpées. A mi-pente des pâturages, une première maison détache sa fière allure de fortin à pignons, sa terrasse, ses encadrements soulignés de rouge brique

©P.Guéguen

Quelques nourritures roboratives sont prises à Rilong. Des bocaux d’alcool tentateurs, chang, y sont présentés. Pour les femmes, alcool au safran ou au ginseng pimenté contre le mal d’altitude. Aux hommes, sont réservés les flacons dans lesquels infusent corne de cerf, hippocampe  et pénis de yak, pour le reste… Nous sommes parés pour les domaines sauvages des « Quatre Filles », la magnifique chaîne aux dix pics des monts Siguniang, dominés par la pointe  de la « Petite Fille », à 6 250 m.

 

 

Changping Gou et les monts des Quatre Filles            ©F. Le Hir

Quand les agences présentent « des endroits vierges et sauvages », il ne faut pas s’attendre à être le premier sur place…La virginité se vend bien. En revanche, les visiteurs moutonniers sont canalisés et, pour des botanistes et autres naturalistes crapahuteurs, les milieux restent à peu près intacts. Ni bruit de hache, de tronçonneuse ou de calibre 12. Trois sites seraient à voir selon le temps dont on dispose (mais on dispose de nous.)  Ce ne sera donc ni la Vallée des deux ponts, Shuangqiao (trop champêtre), ni le domaine somptueux des lacs glaciaires (Haizi, trop haut, trop loin), mais la Longue Paix (Changping gou, silencieuse et boisée, à 3500 m d’altitude.) Pour être plus vite dans la partie haute de cette vallée fraîche qui s’étend sur environ 30 km de long, nous nous faisons déposer près d’une lamaserie, dont la silhouette ruinée s’impose avec force.

©F.LeHir

Dévastation d’un « monument féodal contre-révolutionnaire ». De nombreuses bannières de prière s’animent et ondulent toujours dans le vent, témoins aériens d’un culte vivant. Une femme agenouillée dépose une offrande devant le mur noirci. Au retour, en fin de journée, nous verrons un petit groupe entourant un lama, chantant devant un autel en plein air dressé juste à côté.     

« Tant qu’il y a mouvement, il y a prière »                  © F.Le Hir  

 

« Prières à vent : des pièces d’étoffe, généralement blanches, mais parfois rouges et bleues sont attachées ensemble, et suspendues par un bout à une corde tendue à travers une route, un col, un sentier. Lorsqu’ils franchissent un col pour la première fois, les dopkas (bergers) découpent régulièrement une pièce d’étoffe, et la placent de telle sorte qu’elle flotte à la brise. De même, lorsqu’ils achètent ou fabriquent des étoffes pour un nouveau vêtement, ils en arrachent un morceau, et en font une pièce flottante. Tant qu’il y a mouvement, il y a prière, de sorte que les natifs attachent indistinctement ces morceaux à des cannes, à des pieux ou à des branches d’arbre ; aussi certains fourrés, ou certains arbres, dans des endroits remarquables ou sur des montagnes, sont-ils couverts de ces emblèmes religieux. On voit, du reste, flotter un grand nombre de petits drapeaux de ce genre sur presque toutes les maisons dopkas, aussi bien que sur les sanctuaires ou les portes des villages. »La route de Lhassa, A.H. Savage-Landor, 1897, Le tour du monde. Réédition 1993, Phoebus

Muletiers revenant de la base des Sigugnianshan          ©F. Le Hir 

Les clochettes de mules et de poneys tintent pour inviter les arrivants à la ballade. Une jeune conductrice, casquette rose et bottes vertes désigne en riant son alezan brûlé tout poilu. Si nous allons à quatre pattes, ce sera avec les nôtres, en grimpant des pieds et des mains à travers bois. Au début, le sentier s’élève en douceur, sinuant parmi des arbres vénérables ; des genévriers hors d’âge, drapés de d’interminables barbes grises de lichens, penchent leurs troncs écailleux sur une passerelle de bois qui circule sur le sol détrempé.

  

Juniperus setchuanensis        ©I.Laan

 

            

©TdeKergorlay    Podophyllum hexandrum

 

Des buissons de daphnés poussent sur un tapis de mousses et d’herbes, ponctué de corolles. Les gros boutons roses entr’ouverts des Podophyllum hexandrum, des anémones, des Erysemum jaunes, une multitude de primevères et de Corydalis quelquefois de deux teintes, avec les Caltha, « boutons d’or » des lieux humides, et combien d’autres plantes à fleurs !

 

 

Caltha palustris      ©P. Guéguen

Corydalis ellipticarpa      ©P. Guéguen

 

Corydalis sp.   ©P. Guéguen

 

Plus le chemin s’élève, plus le paysage prend un aspect fantastique. La mousse envahit les troncs tourmentés des conifères. De vieux bouleaux portent une crinière de fougères épiphytes, les Usnea argentés s’allongent et flottent. Au niveau du torrent,

un pont permet de passer sur le flanc

le plus ensoleillé, nimbé de rose ambré.







 

                                                                                                                                   

 

©M.Prunier

 

Adiantum sp. à contre-jour ©T.deKergorlay

Blanc bleud’uneAnemona  sp         ©P. Guéguen

 

©P.Guéguen

 

Quelques Prunus précoces côtoient les rudes genévriers : papillons clairs contre les fonds sombres et les troncs moussus. La mandragore, bronze et verte, est interdite de cueillette, sans quoi cette plante au rôle plus symbolique que médicinal, disparaîtrait bientôt.

 

Mandragora caulescens    ©P. Bellec

Prunus  sp.      ©P. Guéguen






                

                                        

 

 





 

©D.Rondeau

Il suffit de passer le pont, et l’on quitte cette étrange ambiance d’arbres-trolls aux chevelures fantomatiques pour un sous-bois lumineux. « Un haut lieu ! » s’écrie Franklin Picard. Des bouleaux qui s’accrochent sur la pente raide, mais quels bouleaux ! Une station d’une forme particulièrement belle de Betula utilis.

Certains  peuvent avoir 150 ans.Ceux que l’on trouve communément en pépinière, raides, blanc crayeux, prêts à être plantés sur gazon, sont B. utilis  var. jacquemontii.  Les arbres qui nous entourent ont une écorce de millefeuille croustillant qui sortirait tout doré du four.

« Le bois est en feu », ajoute Dominique Rondeau. A contre-jour, les troncs sont cuivre rose, liserés de flammèches vieil or. Les centenaires ont des manches de mousse et des franges de soie noire  comme de respectables mandarins. Les jeunes rameaux dessinent en l’air des filigranes  luisants. Vert foncé, les Juniperus émergent bien droits de cette féerie d’écorce, encore dépourvue de feuilles. Le sol est brouté, mais des plantules se cachent entre les racines. Récolter absolument des graines fraîches à la saison de leur maturité

                                      

                                                             

Changping Gou, cîmes de Betula utilis en forêt primaire                 ©T.deKergorlay

 

©D. Rondeau                                                   Soieries

 

Jean Merret, Isabelle Laan et Christian Monnet ont continué de remonter vers l’aval où se trouvent des arbres de haute taille.

Jean Merret et Christian Monnet sur la pente raide   ©I. Laan

 

 

Usnea longissima    « Barbe de Lao tseu »  ©C.Monnet

Notre groupe s’est éparpillé dans  la vallée, chacun cherchant des milieux selon son goût. Les guides que nous avons quittés finissent par nous héler. La redescente vers le point de rendez-vous de l’ancienne lamaserie, se fait par le chemin des écoliers. Des rencontres en chemin : une femelle de yak et son petit, sur lesquels nous tombons nez à mufle derrière un buisson dans le bois de bouleaux. Rencontre inopinée, mais courtoise de part et d’autre.

©Dominique Rondeau 2005

Plus bas, on croise des meneurs de poneys qui reviennent du pied des monts Sigugnian, où sur la pelouse alpine, il est possible de « camper, rôtir un mouton et se réveiller avec les oiseaux. » La prochaine fois… Des femmes qui ont été remplir leur hotte rentrent à la maison.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Femme de Rilong    ©F. le Hir

Retour            ©T.de Kergorlay

Sur le beau paysage vers l’aval, des jeunes femmes debout, tricotent des chaussettes,

sans cesser de bavarder et de rire pendant que les aiguilles cliquettent.

©F. Le Hir

Une partie d’entre nous emprunte le car pour regarder la végétation assez fournie à l’étage où se trouve l’hôtel. Parmi eux, les pros des rhododendrons. Ils ont « senti » l’endroit car ils font plusieurs belles trouvailles : « Rhododendron fortunei à la fleur rose bleuté odorante et au feuillage vert bleuté à pétiole rougeâtre, voisinant avec les habituels R. vernicosum,ainsi que des R. oreodoxa,à pétiole plus mince et feuille presque ronde. » Gilles Rouau, Rhododendrons dans la brume, 2006, Bulletin de l’APBF  

Rhododendron fortunei       ©F LeHir

Face à face sur le sentier, au bord de la rivière, se tiennent deux arbres de taille égale : l’un est Prunus serrula, acajou brillant, l’autre, est le Betula utilis local, cuivre rouge. Curieuse convergence de forme des écorces brillantes pour des sujets familles si différentes. D’autres membres de notre groupe ont préféré redescendre par les prairies où les parties humides sont toujours riches en flore. Ils s’arrêtent pour humer le délicieux parfum des buissons de daphnés. On en trouve plusieurs espèces, dont Daphne retusa et D. odora.

 

Daphne sp. Parfumé                ©P. Bellec

 

L’horizon, dans la direction que nous prendrons demain, est haché de pics enneigés qui s’assombrissent peu à peu. Dîner et réunion nocturne de mise en commun nous attendent. L’hôtel, en hémicycle, jouit d’une vue imprenable. Toute neuve, son architecture plaquée sur la montagne, contraste avec celle des maisons, hautes demeures et  maisonnettes basses qui longent la rue du village. Les habitants ont gardé costume et traditions, même si les boutiques de souvenirs sont déjà bien achalandées. Tout paraît très organisé à Rilong pour recevoir les futurs amateurs de nature sauvage.

En attendant                  ©MC Dubois

 

 

                                                                                                                          


                                                          


 


 

                             


 

                                                             

 

                         

 

 

 

 

 

           

 

 


                                                                                                

                                    

 

 

 

 

 

 

                                               


                                                                                                                                                                                                                                    

 

 

 

  

                

                                                      

 

 

.