19 mai pm               Xiao jing, pays des mille tours

Mille tours de guet… des citadelles plantées sur les pentes douces d’une vallée  toute en arbres fruitiers et en cultures étagées. Le miracle, c’est que ces tours qui se répondent de loin en loin, soient toujours debout.  Depuis des centaines d’années, elles marquent le paysage de leurs verticales de pierres, comme si elles en avaient surgi toutes ensemble.

     Nous roulons sans à-coups sur une chaussée bétonnée, la meilleure pour longtemps. « Nous ferons un arrêt à Wori », annonce Marc. « C’était la résidence d’un chef important ». Ce village est en effet dominé par un imposant beffroi sans fenêtre, dont la base est un peu plus large que le sommet, en forme de haute cheminée. La rivière qui a pris de la puissance avec ses innombrables petits affluents, sépare la route des habitations. Un pont, une autre sauvegarde. Le vent agite les saules pleureurs, endémiques de Chine et non du Moyen-Orient. (Cette confusion est biblique : l’Exode chante les harpes pendues aux saules pleureurs de la Babylone de l’exil.)

Wori, tour et résidence d’un chef              ©MC Dubois

 

Une affiche indique que le « château » sert pour les réunions de formation du Parti. Cette élégante architecture aux avant-toits relevés sur des galeries de bois mériterait une sérieuse restauration. La contrée est un trésor du patrimoine mondial.

©P. Guéguen

©P. Guéguen

L’unique rue du village est cimentée, un net progrès sur les chemins de terre où coule un ruisseau à tout faire. Des troènes de Chine, Ligustrum lucidum, étalent un feuillage particulièrement brillant. Les gens de la vallée soignent ces arbres, dont l’insecte à cire se régale. E. H. Wilson en explique l’utilisation[1] : « La cire blanche d’importance économique pour le Szechuan de l’ouest… est produite par un insecte, une cochenille (Coccus pela) et il est déposé sur les branches d’un frêne (Fraxinus chinensis) et d’un troène (Ligustrum lucidum. Ces arbres sont plantés et taillés en rang… »

 

[1] E.H. Wilson, A naturalist in China, 1986, Cadogan Books Ltd

 

Wikstroemiasp            ©M. LeBret

 

Le talus de la route, sur laquelle s’est garé le car, est très sec. Il a pourtant une couverture d’arbustes profondément enracinés. Ainsi des Wikstroemia très résistants ; ils sont  parents des daphnés, maisdépourvus de parfum et à floraison jaune.

 

Rivière entre Wori et la route ©MC Dubois

 

Jalonnée de tours, la vallée aux collines fertiles  ©M. Le Bret


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

©D. Rondeau

 

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Ces tours sont solitaires ou regroupées. On ne connaît pas bien leur usage réel. Que ce soit les menhirs, les obélisques, la tour de Babel, donjons ou clochers, toutes les civilisations ont érigé ainsi des flèches verticales…Des Sophora davidii, dispersés le long de la voie, sont d’un bleu beaucoup plus intense que le bicolore bleuté que l’on trouve en multiplication. Une excellente sélection naturelle, qui, hélas n’avait pas de graines. Nous ne l’avons revu ailleurs que dans la teinte classique. Encore des semences à récolter un jour.

        Le côté droit de la route file maintenant au ras d’une falaise, ponctuée d’ Incarvillea sp. dans la gamme des roses. C’est le début des « hautes montagnes aux vallées profondes ».

     Vers 2000 m, un imposant stupa blanc se tient à l’entrée d’une gorge où bouillonne la puissante rivière Dadu. Un barrage fournit une centrale hydroélectrique, dont l’énergie est dispersée en pylônes. Ils alimentent la population assez dense sur la vallée, qui s’élargit de nouveau. Une floraison de corolles paraboliques orne le toit de chaque maison : la bonne parole est distribuée  tout les jours dans les foyers. Nous approchons de Danba, précédée par de petits villages très vivants. Des jardinières inattendues de cactées, géraniums, Hippeastrum, ornent les balcons, mais les costumes des femmes de culture tibétaine, mélange de bleu roi, de noir et de bleu martin-pêcheur colorent la rue. Sous les jupes longues, on devine des basquets… Elles contrastent avec les jeunes femmes chinoises  en tailleur pastel et talons hauts. L’une d’elle, taille mannequin, maquillée et sourcils peints en arc, marche d’un pas vif, le sac en bandoulière. Tout ce monde cohabite sans peut-être se mélanger vraiment. Un magasin de vêtement annonce  « French Style »…

 

Les quatre âges de la vie en Xiao Jin     ©D.Rondeau

 

©F le Hir

 

Une pulvérisation désinfectante des pneus et du dessous du car, a lieu de façon impromptue dans un bourg avant Danba, un contrôle phytosanitaire sans explication. Des petits enfants nous font le salut militaire au passage : « On leur apprend à l’école » dit Marc.

        Mais où apprennent-ils à faire des grands sourires aux inconnus ?

        A la maison.

Entre les agglomérations, demeurent quelques remarquables vestiges d’un noble habitat.

 

Rivière Dadu dans un village ©F.Picard

 

 

 

©P. Guéguen

 

 

L’entrée de Danba est hautement pittoresque. Des éboulements (fréquents comme nous l’apprendrons, dans presque chaque ville en pente), sont tombés sur un quartier. Pour y entrer, c’est la porte étroite.

 

 

La Dadu écume de rage en emportant les restes du glissement       ©P.Guéguen

 

 

© MCDubois  

Rafraîchissement et détente dans une buvette, où Franklin défie nos guides au billard,

le sport national des masses populaires.

 

 

 

©P. Guéguen

 

 

 

Francine bavarde avec Fanch, une grand’mère réjouie en casquette Mao ©B. Stéphan

 

©F.Le Hir

 

Flâner n’arrive pas souvent. Etre de paisibles promeneurs qui regardent les boutiques

et aussi les femmes et les hommes dignes et beaux, de cette population mélangée.

La coiffure féminine comporte une fausse natte enroulée sur un foulard souvent rose indien.

 

©P.Guéguen

 

©F. Le Hir

La vie s’écoule à Danba ©D. Rondeau

 

Un peu d’herborisation en longeant la Dadu car notre hôtel est en dehors. Un fort vent, s’engouffre dans la vallée et soulève des tourbillons de poussière. Nous coupons par un pont pour l’autre rive. Un hôtel est bâti sous un à-pic, fatalement voué aussi à la destruction. Ce n’est pas le nôtre. Celui-ci est plutôt une auberge de jeunesse assez éloignée, au confluent d’un ruisseau, dans un endroit où l’on peut dormir en paix. Le talus de la route est fleuri d’Indigofera, dont Pascale remarque deux espèces 

Indigofera sp

Dregea sinensis, cette liane exubérante, envoie partout des volutes de fleurs globulaires parfumées. Parmi des buddlejas plus ou moins argentés, Sophora davidii  est du bleu clair et bleuté habituel.

 





 

Dregea sinensis

Sophora davidii

 

Pendant le dîner et après, dans une salle où les sièges sont de grosses billes de vieux troncs cirés, nous échangeons sur les comparaisons entre les différents milieux que nous avons vus, énumérons les plantes, discutons comme à l’accoutumée. Le thème de nos propos n’a pas échappé à des membres de l’hôtel. Il se trouve qu’ils se sont passionnés pour les plantes alpines après avoir exploré les successions vallées bien au-delà de Chang Ping Gou, et cela en toute saisons. Ils nous invitent à venir nous entasser dans leur petit bureau tapissé de photos de bijoux de la flore d’altitude.

Anemone sp   ©P.Guéguen

 

Finalement, nous jouons à un jeu : ils nous projettent un diaporama, et c’est à qui d’entre nous donnera le plus vite le nom botanique ! Chaude ambiance et même langage.

Un beau livre sur les merveilles des paysages, plantes et animaux de la vallée entière a été réalisé par eux, avec le concours d’un photographe japonais.

Les exemplaires qui leur restent sont tous embarqués, avec leurs autographes.

 





 

©P.Guéguen

 

 

 

C’est une chance de pouvoir regarder la région de Xiao Jin-Danba sous la neige des poiriers, et les couleurs d’automne de Changping Gou se reflétant dans les hauts lacs. Après cela, il n’y a plus qu’à se rouler dans une couverture sur les châlits et faire de beaux rêves jusqu’au lendemain matin… qui arrive très tôt.