20 mai am
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Rivière Dadu vers Kangding |
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Les flèches au sortir de l’hôtel, donnent toutes les directions possibles. La nôtre est la légendaire Kangding, en descendant le long de la rive escarpée de la rivière Dadu. Déjà la rapidité du courant est impressionnante dans un décor minéral qui la fait résonner. Les endroits que nous pouvons atteindre sont secs, caillouteux et sableux. Pour durer par ici, il faut des racines pivotantes qui vont chercher l’humidité en profondeur. |
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Près du joli village de Sou Pro, à 8 tours perchées, une colonie de plantes et d’arbustes compagnons à 2000 m d’altitude : Wikstroemia, Sophora davidii, le délicat Bauhinia microphylla à fleurs blanches. Ses fines feuilles à deux lobes exactement symétriques de part et d’autre de la nervure centrale qui se replient la nuit, avaient inspiré à Linné le nom du genre, en mémoire des deux frères Bauhin, tous deux passionnément adonnés à la botanique.
Rapides de la Dadu ©T. de Kergorlay
Les virages s’enchaînent. Le car consent à s’arrêter vers 1800 mètres dans une courbe moins dangereuse. Nous nous éparpillons, les uns entre les rochers où gicle l’eau du courant, les autres grimpant sur la paroi, à laquelle sont accrochés des chênes, ou bien sont à quatre pattes dans le fossé pour y chercher des glands « encore bons ». Le climat de ces goulets d’étranglement a une forte amplitude, très méditerranéenne. Les jasmins jaune d’or et un vieux Thuja szechuanica, insensible à la chaleur réverbérée par les murs de roches, présentent de l’intérêt. Le thuya, surtout, si l’on pense à l’hécatombe des thuya américains pendant la dernière canicule. Balayées par le vent, des argémones sèment de légers pétales jaunes. Ces sortes de pavots ont été introduites de Californie, et prolifèrent.
Derrière son troupeau de « moutons à cornes », un berger tout bancal suit cahin-caha son troupeau. M. Wang soupire « Vous êtes mes Faguo shan yang… » Il le calligraphie en mandarin sur mon carnet : « chèvres françaises ».
©P. Guéguen
Quelques maisons aux balcons rouges apparaissent dans les creux, jouissant de très peu d’heures d’ensoleillement à cause de la profondeur croissante de ces failles. Une succession de falaises bleu gris s’avancent, en éperons qu’il faut contourner à 90 °. En face, se distinguent encore des trous réguliers dans la paroi. Ce sont les restes des chemins faits de pieux enfoncés dans la roche, et supportant des planches étroites. Les premiers explorateurs n’eurent pas d’autre moyen que ce sentier volant, tout comme les porteurs de thé, les haleurs et les mules qui allaient souvent se fracasser en bas. Au bord, brillent luxueusement les boutons rubis et les pousses topaze de Zanthoxylum, un poivrier.
©P. Bellec
Deux ronces, aux feuilles vert très pâle, presque blanc, de Rubus sp., portent leurs premiers fruits mûrs, les jaunes sont assez appétissants.
©F. Le Hir
Des conditions meilleures et un travail minutieux créent aussitôt une agriculture, dès que les parois de la vallée s’écartent. En fin de matinée, autour d’une petite ville de marchés, les cerises sont déjà rouges dans les vergers, Albizzia mollis épanouit ses panicules jaune vanille, les noix sont bien formées sur les noyers. Il y a même des raquettes de cactus, fleuris d’orange vif (une autre malheureuse introduction envahissante).
Oasis cultivé dans un desserrement ©D. Rondeau
Sur la rive gauche, une mine à ciel ouvert : l’extraction se fait jusqu’au sommet. Assis en rond dans les éboulis, les ouvriers et ouvrières mangent, le nez dans leur bol. En haut des montagnes de plus en plus hautes, les pointes des conifères peignent des traînées vaporeuses. Kangding est proche
A 1720 m d’altitude, la rivière se donne une pause sur son lit de gravier élargi, et nous en faisons autant. La lumière est transparente, l’air pur et frais. Peu après nous retrouverons la Dadu grondante d’être comprimée dans une gorge.
©P. Gueguen
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