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24 mai Vallée Zhongxi La, dans les Ningshing shan
Un poste militaire, où il faut montrer patte blanche, ferme l’accès d’une zone de ruissellement d’un cours d’eau en basses eaux en cette saison. L’électricité n’est pas encore parvenue jusqu’à cette Vallée de l’ouest, où la vie rurale n’a pas changé depuis des siècles. Les paysans y vivent en quasi-autarcie, dans leurs grandes maisons-fortins dispersées sur les collines Le lit caillouteux du ruisseau et le chemin de terre décrivent des huit en se croisant à répétition. En hautes eaux, la rivière retrouve sa place, c'est-à-dire la totalité de ce large fond plat. Les gens se déplacent en bateau, là où aujourd’hui, on traverse avec le courant à la cheville. Le soleil matinal écrase la campagne sous une dure lumière blanche, presque aveuglante si l’on veut fixer un objet particulier. Quand nos 4x4 franchissent les gués, ils le font dans un éclaboussement de gerbes rafraîchissantes à l’oreille.
Zhongxi en basses eaux ©B Stephan
©P.Guéguen
Les femmes travaillent ensemble à faucher sur les pentes douces à gauche, tandis que le côté droit est raide, déchiqueté de failles transversales arides. Ces faucheuses qui travaillent en chantant et en balançant au même rythme leurs faux et leurs longues jupes, sont un spectacle d’une belle harmonie. La communauté des femmes est un des liens forts de la société tibétaine. Il leur a permis de supporter la polyandrie, à la fois malthusienne et destinée à éviter la division des terres, et l’absence des hommes, nomades derrière leurs troupeaux. Chargées de beaucoup de responsabilités, elles assurent en plus les cultures. Leur liberté et leur franc-parler ont souvent été relevés par rapport à la totale soumission des femmes chinoises recluses. Les chinoises se posaient en rivales les unes des autres : épouses et concubines, belle-mères et belle-filles, tandis que la solidarité des tibétaines qui se soutiennent entre elles et vivent au dehors, leur a permis d’exister. Leur gaillarde joie de vivre, malgré des conditions éprouvantes, parle d’elle-même.
Vue d’en haut ©D. Rondeau 2005
Première halte à 3750 m, déjà une bonne altitude, mais on éprouve l’impression d’être encore en plaine… Avec notre nouveau botaniste, garçon très sympathique (bien que spécialisé dans les graminées ornementales), l’équipe envahit un vallon creux et sec. Mais sur son versant droit, il n’est pas dépourvu de végétation. Les arbres deviennent plus touffus au fur et à mesure que l’on grimpe, dépassant la région broutée, puis un glacis de roches. |
Gentianes bleu ciel non identifiées
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Pousses de Quercus aff. Spinosa
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Aperçu entre les Abies d’un hameau de maisons regroupées
©Cmonnet Pas de véhicules motorisés, mais le poney et l’âne utilisent la route en saison sèche
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Des chênes persistants et quelques cyprès dressés, exposés à toutes les intempéries, forment une sorte de couvert en hauteur Les survivants tiennent le coup, mais en îlots comme ils le sont, ils peuvent difficilement se ressemer et recoloniser les dénivelés. Des rhododendrons, néanmoins, sont tout à fait intéressants par leur floraison dans ce milieu aride : R. cephalantum pogonanthum, ici sous sa forme rose foncé en boutons et complètement ouvert , le rose est plus pâle et les capitules en boule sont très parfumés L’air sec, quand on quitte la poussière de la vallée, est ’d’ailleurs un mélange aromatique de toutes ces essences.
©MC et G DUBOIS
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Le tout petit Rhododendron rupicola ©M.Le Bret Attirées par les sept 4x4 incongrus, arrêtés au pied d’une gorge sans intérêt, des femmes et les enfants viennent se grouper autour, se regarder dans les rétroviseurs, bref, profiter de l’inhabituel. Zhongxi la est classé réserve naturelle, surtout en partie amont. Les habitants se connaissent tous, il y a peu d’influences extérieures. Notre visite est d’abord une aubaine.
Curiosité réciproque
©C. Monnet
Superbes en tenue de travail, avec leurs vêtements colorés, elles portent toutes sur elles leurs bijoux. Colliers d’argent, de turquoises, de corail, de perles baroques ; pendants d’oreilles si lourds qu’ils sont attachés avec un cordonnet derrière le pavillon ; bracelets à quadruple rangs… C’est leur dot et leur fortune transmise de mère en filles. Les Tibétaines ont le goût de la parure, même quand elles exécutent les tâches les plus rudes.
Brinquebalants, les 4X4 redémarrent dans un nuage de poussière et s’enfoncent dans la partie sauvage de la vallée
Une paroi rougeoyante qui grandit quand on s’en approche. Falaise surplombante, avec une lueur jaune d’or, nichée dans un creux de la roche.
C’est presque trop beau pour être vrai : le ciel trop bleu, le flanc rouge vif de la montagne, cette tache de fleurs posée là par hasard. Ces contrastes sont saisissants pour des yeux européens. Reste à savoir ce que c’est, car on ne peut l’atteindre. Survoltés, la tête à l’envers, nous allons et venons, jetant des noms. Simplement, des primevères…
Primula bracteosa ssp. Henrici
Les maisons éloignées les unes des autres se montrent de loin et disparaissent ; elles deviennent plus rares, bientôt n’y aura plus que des cabanes à demi enterrées, abris des bergers et des bêtes. Il reste quelques petits champs, altérés par le retard de la mousson. Les murets de pierres perpendiculaires au ruisseau sont ajourés, afin que l’eau ne les emporte pas quand elle bondira à travers la vallée.
Nuages sur le sommets arides, mais pas de pluie pour les cultures
Lorsque l’on tourne dans un vallon en V aigu, la forêt est partout. Nous arrivons dans la zone où les bois commencent à se régénérer. Des troncs coupés et des souches qui sortent de la litière, sont toujours témoins de la rage d’abattre, pour alimenter l’obsession des petits hauts-fourneaux du président Mao. Par la suite, il a été interdit de prendre ces grumes ou même de les utiliser. La croissance des arbres est un peu anarchique. De temps en temps, une parcelle de replantation monospécifique de conifères, puis des masses compactes de chênes vert sombre. Un torrent se fraie un passage, écumant entre des blocs rocheux détachés des montagnes. De vieux saules accompagnent ses détours avec des arbres à fleurs blanches, qui de loin paraissent être des pommiers sauvages. Nous roulons lentement, jouissant de la fraîcheur retrouvée. Ce petit monde préservé a l’air très habité : sifflements indignés des marmottes, passage d’un renard tranquille, cavalcades des écureuils et paraît-il, d’après nos guides, des traces d’ours. L’endroit idéal pour la pause déjeuner ravit tout le groupe : sortir de la bulle de la voiture et aller respirer, voir et toucher par soi-même, c’est tout ce que nous désirons. Le val est à peine élargi, flanqué de deux versants boisés accessibles. Au bord de l’eau, plusieurs yaks charbonneux broutent ou se reposent sur l’herbe nouvelle. Enjamber le petit torrent est un jeu d’enfant. A notre tour, nous nous étalons avec nos paniers, soit sur le pré tondu, soit plus haut, près d’un ruisseau qui descend d’une bouche ouverte à la base d’un surplomb rocheux. Gérard a tôt fait de reconnaître les grands rapaces qui naviguent en deçà de crêtes, décrivant des cercles au-dessus du vallon. « Des aigles ! Un couple ! ». On se repasse ses précieuses jumelles pour distinguer l’aire des oiseaux. Un amas de branchages dans une anfractuosité imprenable, avec vue….
Notre campement à vue d’oiseau ©C.Monnet Un temps de repos pour s’imprégner du paysage, avant de partir chacun de notre côté, comme d’habitude. Pour ma part, je me suis repliée entre les confortables racines moussues d’un saule qui a vu passer bien des saisons. A moitié couché, cramponné au sol, ses branches ont développé des coudes à angle droit, des genoux rugueux d’écorce, une musculature ligneuse à défier tous les ruissellements imaginables. Certains de nos compagnons de route font la sieste sur le gazon (peut-être menons-nous un train d’enfer au quotidien), parmi les primevères, les berbéris et quelques rhodos. Les chauffeurs jettent des seaux d’eau sur les carrosseries couvertes de poussière gris-rouge et entament des jeux de cartes lorsque nous nous dispersons dans la nature.
A 3850 m d’altitude,Anne-Marie, Franklin, Thibault, Gérard endormi ©Le Bret
La fine équipe : M. Wang, Michaël, le botaniste, Gérard réveillé, Marc ©Le Bret
©C.Monnet Quercus semecarpifolia
©C.Monnet Tendres pousses de chênes échappées à la dent des chèvres
Un groupe continue sur le chemin sur lequel nous sommes arrêtés, examinant les talus. De la rhubarbe, une des plantes sauvages préférées des Tibétains (ils en font commerce), sort de terre un bouquet de feuilles fripées.
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©P. Guéguen Rheum tanguticum
©P.Bellec
Primula fasciculata
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D’autres primevères affectionnent les fonds humides, comme Primula fasciculata, rose mauve au coeur jaune
©I.Laan
Les Ephedra, (une seule famille), sont des arbustes curieux, en forme de joncs hérissés, leurs feuilles étant réduites à des écailles. L’himalayen E. gerardiana, décrit par Wallich, est sans doute très proche de celui-ci.
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Faisan de Lady Amherst Chrysolophus amherstiae, par Gould |
Les autres, dont je suis, font l’ascension du long éboulis pyramidal, de plusieurs centaines de mètres de dénivelé qui aboutit au pied de la falaise des aigles. L’axe du ruisseau fait office de clairière. Isabelle, Christian et Jean ont la chance d’apercevoir un bel oiseau noir et blanc en fuite –un paon, disent-ils-, peut-être le faisan …….. du Sichuan. |
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Peu de temps après, ils voient le petit panda, animal roux à longue queue pourtant d’habitude nocturne et vivant dans les arbres. Le panda roux, ou panda fuligineux, ou petit panda, ou panda éclatant, Ailurus fulgens,xiǎoxióng en pinyin), est un mammifère de la taille d’un grand chat. Il a en commun avec le panda géant, le « sixième doigt » qui lui permet d’empoigner les tiges de bambous dans sa patte avant. |
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Avec le grand panda, il fait partie de la famille des Ailuridés, malgré son minois de raton laveur. Il n’y avait pas de bambous dans cette zone, mais ce végétarien croque aussi bien du lichen, des fruits, des racines et des graines. Comme le panda géant, il est en danger d’extinction, principalement à cause du braconnage. (Le firefox comme l’appellent les anglais, est devenu la mascotte du moteur de recherche Mozilla Firefox). Site : |
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Nous nous croisons dans nos vagabondages sylvestres, nous surprenant avec des bruits de plantigrades. Fanch dans les lisières fraîches où les vivaces se hâtent de pousser, moi-même cherchant des glands au pied des chênes, là où ils roulent, Gérard, qui a décidé d’aller boire au « griffon du ruisseau ». Puis, baisse subite de la lumière, frissons de feuilles, grondements, on pense à redescendre s’abriter, d’autant que l’heure tourne vite. Des sifflements stridents ricochent dans toute la vallée. On nous appelle d’urgence ? Pas du tout, ce sont des bergers sur la pente en face qui hèlent leurs bêtes à travers le sous-bois. Il faut espérer que les plantules repérées de notre côté échapperont aux herbivores dans cette zone protégée. L’orage s’en va éclater ailleurs et nous nous retrouvons pour faire marche arrière. Les bergers viennent faire un tour près des voitures. Jeunes gens de belle prestance sous leur drapé rouge ! Aux bois touffus arrosés succèdent des bandes arides de sols gris, irradiés par le soleil.
Berger des Ningshing Shan…
Couverts deQuercus semecarpifolia, Q. spinosa, Picea likiangensis, Juniperus sp. Zhongxi La est toujours belle quand on y repasse, humanisée par ses belles maisons espacées
Rentrée des dis, yaks femelles Une halte supplémentaire au pied de la falaise pour dire au revoir aux magnifiques primevères jaunes.
© Retour, soleil dans le dos
© A mesure que l’après-midi s’avance, l’éclairage change de qualité par un merveilleux phénomène propre au Tibet. Une lumière ambrée monte, envahit le ciel ; chaque relief est rehaussé d’une ombre indigo, chaque maison se transforme en bloc de métal.
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© La voûte bleue s’assombrit peu à peu, mais la terre irradie sa propre lumière, or bronze et cuivre orangé. Au bord de la piste, une carcasse de vache, tiraillée par des chiens, brille d’un rouge incandescent ; les méandres du ruisseau glissent comme de la lave.
© Pour les vallées pauvres c’est l’heure de gloire. Sur les terrasses de leurs « châteaux », les paysans sont accoudés paisiblement, silhouettes simplifiées comme des personnages de vitrail. A l’est vers lequel nous roulons, le rayonnement liquide vire au vert fluo. A ne pas en croire ses yeux. Une soirée de mai et le ciel tibétain jettent toutes les couleurs avec profusion.
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