25 mai Route de Markham vers Yanjing
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En 1854, après deux ans de marche sur ces reliefs démesurés, le P. Huc reconnaissait
« Depuis Lhassa jusqu’à la province du Ssetchouen sur toute l’étendue de cette longue route, on ne voit jamais que de vastes chaînes de montagnes, entrecoupées de cataractes, de gouffres profonds et d’étroits défilés … Cependant, au milieu de cette inépuisable diversité, la vue continuelle des montagnes répand sur la route une uniformité qui finit par devenir fatigante. C’est d’ailleurs assez conforme au style des habitants de ces contrées montagneuses, qui nomment « plaine » tout ce qui ne va pas se perdre dans les nuages, et « chemin uni », tout ce qui n’est pas précipice ou labyrinthe. »
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©M.Prunier |
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Désormais plus besoin de quatre roues motrices pour circuler dans la préfecture de Qamdo. L’avantage d’être dans deux petits bus est que l’un d’eux donne l’échelle de l’autre. On se suit à distance, parfois réduit à une fourmi bleue grignotant les monts roussâtres. Une dense fourrure de chênes coriaces les recouvre. Chênes à feuilles de houx, chênes épineux, (Quercus aquifolioides, Q. spinosa, Q. semecarpifolia), peu différenciés dans leurs formes basses. Les branches entremêlées sont hérissées de limbes vert sombre et de pousses piquantes couleur cannelle. |
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©M. Le Bret |
©F.Le Hir
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La chaîne montagneuse que nous traversons déroule sa structure géologique sous nos yeux, au fur et à mesure que nous prenons le recul de l’altitude. Les masses sédimentaires de calcaire dur sont un ancien fond marin, soulevé à des milliers de mètres par le violent mouvement vertical de la fin du tertiaire, il y a 1 million et demi d’années (environ…) Déchiqueté en larges pans par l’érosion des eaux et du vent, le paysage est plus désolé encore par le dernier facteur : la pression humaine. Il garde pourtant une beauté d’épure.
©M. Le Bret
©M. Le Bret
Dès qu’une combe garde un peu de fraîcheur, des arbres se dressent, la végétation abritée foisonne en sous-bois. Plus bas, le vent fait onduler un rideau de peupliers du Sichuan. Mouvement et transparence très gais après les grandes étendues des persistants.
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Populus szechuanica, 3800 m
Une parcelle de pépinière d’état installée ici pour un reboisement à venir. |
©M.-C. Dubois De bon matin, Monique Prunier et Pascale Guéguen |
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©D. Rondeau
Forêt sur l’ubac à 3600 m d’altitude ©M. Le Bret
Les pentes au nord offrent le riche camaïeu de couleurs d’une couverture secondaire de jeunes Larix potaninii, d’érables, de peupliers, coulées de rhododendrons, sorbiers, Pinus massoniana, et une quantité d’arbustes, Rubus, Viburnum, Lonicera, rosiers, Berberis. Certains ligneux parmi ceux-ci portent, à exposition lumineuse, une curieuse plante parasite aux fleurs d’un rouge voyant, qui apparemment ne fait pas mourir l’arbre porteur, mais épuise les branches qui tombent. Elle se propage ensuite sur un nouvel hôte.
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©M Le Bret Scurrula elata |
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©F.Le Hir
Parmi les broussailles, les fleurs délicates des rhododendrons sont les signes de mai, avec leurs teintes claires contre la terre sèche. Une famille de bergers tibétains de passage nous regarde nous émerveiller sur un rhododendronaux boutons rosés et aux corolles blanc pur
Rhododendron primulinum saisi par Patrick Bellec ©I. Laan
A partir de 3800 m, le monde végétal se diversifie suffisamment pour que la marche consiste à grimper pour « voir » sur le versant gauche, revenir sur la route et descendre à droite, en s’agrippant aux troncs et aux buissons, et remonter encore. Mais à 4150 m, les trouvailles dans les bosquets de rhododendrons en fleurs valent l’exercice.
©I. Laan Rhododendron fortunea ssp. vernicosum
©F.LeHir Rhododendron augustini
Gens et bêtes sur la route ©M.C.Dubois
©M.C.Dubois
Une hachure pâle commence à se distinguer sur l’horizon, apparaissant et disparaissant selon les courbes du chemin, mais chaque fois plus nette. D’autres arrêts s’imposent pour les amateurs de rhododendrons entre autres. A l’occasion, on commence à observer la montagne Meilixueshan qui se dresse dans le lointain comme un inexpugnable château fort, ses treize créneaux enneigés frôlant les nuages à plus de 6000 m d’altitude. Un des massifs de la chaîne des Hengduang qui traverse la région du nord au sud.
©A.-M.Rouau
Devant des rejets de Quercus semecarpifolia, deuxheureux passionnés de rhododendrons les Rouau, père et fils, qui ont pu voir un magnifique sujet, en grimpant dans les bois.
Rhododendron triflorum yunannense ©A.-M.Rouau |
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Une trouée dans les nuages nous offre la vision un instant de la pointe aiguëe du pic Kagebo qui culmine à 6 740 m au dessus du niveau de la mer, domaine sacré des Tibétains, encore inviolé. Des sommets de plus de 8 0000 m ont été « vaincus » sur la ligne Himalaya-Karakorum-Indū Kūch qui se prolonge en Chine et au Tibet, mais à ce jour le Kagebo a tué ou découragé tous les alpinistes, que ce soit à cause de la colère des dieux ou à cause de ses glaciers instables. Une cime qui inspire à juste titre une crainte sacrée.
Les « Montagnes de neige », Meilixueshan ©T. de Kergorlay
©M. Prunier Le pic Kagebo
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Bientôt, à quelques centimètres de la chaussée, la paroi tombe à pic sur le Mékong, un kilomètre en contrebas. Mince couleuvre miroitante, qui passe du vert glauque à l’ombre, à l’argenté sous le soleil, et se glisse entre les précipices que suit la route.
Lancangjiang, le Mékong ©T. de Kergorlay
En surplomb, ancrés dans les éboulis, des rosiers sauvages ouvrent leurs cinq pétales, blancs, crèmes ou jaunes autour de bouquets d’étamines dorées, selon l’espèce. Des clématites escaladent les buissons épineux et fleurissent avec profusion. La palme revient pourtant à un Deutzia élancé qui détache ses corymbes roses sur le ciel.
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©P. Guéguen Clematis sp. |
Deutzia sp. ,parfumé ©P. Bellec |
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Incarvillea arguta
©M.-C. Dubois Un pont en construction fera passer les véhicules au dessus d’une brèche que la route collée à la paroi suit encore. Elle est provisoirement soutenue par des murets auxquels travaillent les ouvriers. Consolidations provisoires qui ne permettent qu’un étroit passage.
©I Laan Des voyageurs étrangers qui mettent bizarrement pied à terre pour photographier leur vallée aride et suffocante, pour cueillir jasmin et lilas immangeables sur le talus, c’est une bonne occasion de faire la pause…
©M.Prunier |
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Notre caravane se retrouve bloquée par un convoi de gros camions qui arrivent en face, chargés jusqu’aux ridelles. Ravis, les ouvriers s’arrêtent pour regarder qui passera et qui perdra la face. Il pourrait aussi y avoir un accident, qui sait ? (Le choix est entre perdre la face ou perdre la tête.) En manœuvrant à ses risques et périls, Le premier camion s’avance, les roues gauches au ras du vide et donne un coup de volant. Son chargement porcin bascule et d’énormes cochons dégringolent sur la voie. un malheureux cochon s’est brisé les pattes et pousse des cris perçants. Empoigné, tiré par les oreilles, il est rechargé sans ménagements, et roule ! Notre groupe continue à pied, escorté par les sourires et les « hello ! » des travailleurs. |
©I. Laan |
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Brève de Taipei Soir, 07 mai 2006 : 10 personnes ont été tuées suite à la chute, samedi après-midi, d'un bus d'une falaise dans le district de Markam au Tibet (sud-ouest de la Chine), selon les autorités locales. Il est tombé d'une falaise située à quelque 57 km du chef-lieu du district de Markam, a précisé la même source.) |
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Jasminus sp.
©M. Le Bret Euphorbia sp. groupe wallichii
©F. Le Hir Anemona rupicola sur la falaise
Terrasses en culture au dessus du Mékong ©T. deKergorlay
©T. de Kergorlay
II fait encore jour lorsque le cours puissant du Lancangjiang, le Mékong, devient tout proche. Une route très secondaire le rejoint en zigzag. Mais le pont qui franchit le fleuve n’est pour l’instant accessible qu’aux piétons. On enjambe l’un des 4 fleuves géants, nés du Tibet.
©D. Rondeau
©F.Le Hir Le courant rougi par les limons du fleuve Une tiédeur inattendue, un courant d’air parfumé, des ormes et des grenadiers le long du sentier…Nos guides nous ont fait la surprise d’une étape à Yanjing, station thermale au bord du fleuve. C’est également le site très ancien de puits de sel, trésor de l’or blanc âprement disputé au cours des siècles par Tibétains et Chinois jusqu’à 1945, sinisation finale. |
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©B. Stephan Leycesteria formosa
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Debregeasia edulis |
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Le soleil disparaît derrière les montagnes de l’ouest, mais le ciel reste lumineux longtemps.
Grenadiers en fleurs à Yanjing, 3000 m d’altitude ©M.-C.Dubois
©P. Gueguen
Excoecaria acerifolia, une rareEuphorbiacée arbustive qui préfère les berges rocailleuses chaudes, utilisée en médecine contre les inflammations rhumatismales. C’est E. H. Wilson qui l’introduisit en Europe. |
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Touffes d’une superbe fougère près de sources chaudes
©A.–M.Rouau
La fatigue est emportée par les sources chaudes des pavillons de bain. Une eau, issue du volcanisme souterrain rend la peau douce et les cheveux brillants ; elle est de tout temps connue des tibétains. Sur la berge des bungalows s’ouvrent sur des jardins fruitiers : un paradis subtropical.
©M.-C. Dubois
Les arbustes sont bientôt revêtus des vêtements lavés que la brise soulève. Quel regret que la caméra de Franklin ait eu des ennuis ! Il faudrait garder en mémoire les chants de jeunes filles à la fin du dîner. Les chants d’amour sont une merveille de la culture du pays de Kham : des voix capables de faire vibrer l’air à distance, dans une gamme plus proche de l’européenne que la gamme chinoise. La natte épaisse de la chanteuse tombe jusqu’à ses genoux, chevelure sombre, le manteau sauvage des tibétaines
Michaël, Franklin, Gérard, Arielle, Thibault, Dominique (de dos)
Ce soir, il faut cueillir la minute qui passe, et oublier dehors les panneaux annonçant en lettres géantes la création d’un Grand Centre Thermal de Luxe, illustré de maquettes effrayantes de modernisme chinois. Au moins, nous serons venus «avant».
La cuisine est encore traditionnelle ©A.-M. Rouau
Tout le groupe s’entasse dans le « salon » de Patrick Bellec pour le point rituel de la journée auquel nous ne manquons jamais. Trajet aux panoramas spectaculaires, mais botaniquement parlant, ce fut plutôt la diète. Finalement c’est ici même, que l’on pourrait trouver la plus grande diversité de plantes. Euphorbiacées, Debregeasia edulis de 4 m de haut à l’entrée du motel, multiples fougères, on devine qu’il y a beaucoup de choses dans ces petites collines aux conditions climatiques et orogéniques exceptionnelles. Mais avec la déferlante touristique à venir…Dommage de repartir demain sans séjourner plus longtemps.
Gilles, Mikaël, Béatrice et Gilles Stéphan, Anne-Marie Dubois, réconfort
Manqués aussi les fameux puits de sel de Yanjing : 300 familles dans le district usent des techniques transmises par les Naxi. Des heures d’ensoleillement et des courants d’air continuels ont permis la méthode éolienne de séchage du sel. Les Tibétains commencent par tirer l'eau des puits salins près du Mékong, puis ils la transportent chez eux dans des barils en bois. Ils la versent alors dans des récipients ou des mares dans la cour.
Bacs à sel et abris des puits près du Mékong
Après un tour au bord de l’eau, malgré la fatigue, on peine à s’endormir, il fait trop doux. Après une fausse aurore qui éteint les étoiles, la lune se lève derrière la masse noire de la montagne du côté opposé du Mékong. Les sommets se découpent sur le disque naissant.
« Clair de lune sur les montagnes occidentales Parmi les mers de nuages à l’infiniLe vent souffle longtemps sur des myriades de li » Li Bai, VIIIe siècle |